Une rencontre au sommet a eu lieu lundi matin entre le titulaire des portefeuilles du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale et les représentants syndicaux des travailleurs remerciés il y a une dizaine de jours. Cela, en présence du président-directeur général de la Commission des normes du travail, Michel Després.
La présidente du Conseil central de Québec de la CSN, Ann Gingras, ne s'est pas gênée pour dire qu'un «rappel à l'ordre» doit être adressé à Loblaw, qui chapeaute les bannières Provigo et Maxi, ainsi qu'à la maison mère Weston.
En additionnant les licenciements à l'entrepôt de Québec, au secteur des viandes du centre de distribution de Boucherville, à la boulangerie Weston de Longueuil et au supermarché Provigo de Laurier-Station, Mme Gingras arrive au chiffre magique de 1000 emplois perdus en quelques semaines seulement. «Il y a là des fermetures qui s'effectuent toujours en présence d'un syndicat et toujours au moment de la négociation, fait-elle remarquer. On demande à ce que l'employeur, qui est Loblaw, apprenne à gérer et à respecter les lois du Québec. Avoir un syndicat, ça en fait partie.»
La CSN est convaincue que Provigo a négocié «de mauvaise foi» à Québec puisqu'il n'a «jamais été question» de lock-out ou de fermeture quand une offre dite finale a été déposée aux 415 travailleurs au début du mois d'avril.
Le président du Syndicat des travailleurs et des travailleuses de Provigo, entrepôt Armand-Viau, Dany Tremblay, a d'ailleurs confirmé lundi que l'employeur n'avait pas l'intention de retourner à la table de négociation même si ses membres se disent «prêts à faire des compromis». Les services juridiques de la centrale syndicale étudient la possibilité de déposer une plainte à la Commission des relations du travail.
En attendant, Sam Hamad s'est engagé à intervenir auprès de Loblaw. «Notre premier objectif, c'est de garder ça ouvert», a-t-il insisté en matinée.
Compensations obligatoires
Si la fermeture se révèle inévitable, le ministre de l'Emploi, qui est aussi responsable de la région de Québec, s'attend à ce que l'entreprise rencontre ses obligations envers les travailleurs. La Loi sur les normes du travail prévoit un préavis avec pleine compensation de 16 semaines quand plus de 300 employés sont mis à pied. Or, Loblaw estime qu'un article l'en dispense en cas de lock-out, une interprétation que la Commission des normes du travail réfute. L'équipe d'Emploi-Québec est aussi «mobilisée» pour aider les nouveaux chômeurs à se trouver un autre boulot.
M. Hamad avoue être ébranlé lui aussi par les mises à pied massives qui surviennent en plein renouvellement des conventions collectives. «Ça m'inquiète [...], je n'aime pas ça et je ne trouve pas ça normal.»
Il entend d'ailleurs parler à son collègue au Développement économique pour voir si Québec ne pourrait pas contribuer au maintien des emplois qui lui échappent. «Au Québec, on est ouvert à aider les entreprises. On a une bonne qualité de main-d'oeuvre. S'ils [les dirigeants de Loblaw] ont besoin de nous, on va être là pour les aider», affirme le ministre Hamad.
Loblaw se défend
Chez Loblaw, la directrice des Affaires corporatives, Josée Bédard, a confirmé lundi que des représentants du marché du Québec et du siège social à Toronto parleraient avec le gouvernement du Québec cette semaine. Elle a répété que l'entreprise avait «négocié de bonne foi» pendant plus d'un an et que la décision de fermer l'entrepôt de la capitale n'avait «pas été prise à la légère», compte tenu de la convention collective qui «contenait des dispositions désuètes qui compromettaient l'efficience et l'efficacité du centre».
Questionnée à savoir si l'entreprise pancanadienne allait verser aux travailleurs congédiés les compensations prévues à la Loi sur les normes du travail, Mme Bédard a répondu ceci : «Notre entreprise respecte les lois et les règlements en application partout où on a des magasins, des centres de distribution et des centres de services aux magasins. Parce que nous, on n'appelle pas ça des sièges sociaux.» Cela veut donc dire que vous allez payer 16 semaines de salaires et avantages sociaux? «L'entreprise respecte la législation en vigueur.» Vous convenez que ce n'est pas clair? «L'entreprise respecte la législation en vigueur.»















