C'est en 2006 que le comptoir alimentaire Le Grenier a fait l'acquisition d'une terre agricole abandonnée de 21 hectares dans l'espoir de réduire sa dépendance envers les dons de nourriture. Ceux-ci sont de plus en plus aléatoires depuis que les entreprises agroalimentaires suivent leurs inventaires de près. Les organismes d'entraide sont donc parfois forcés d'acheter des aliments pour les redonner, ce qui leur coûte cher, trop cher.
«On s'est dit : s'il y a une crise, au moins on aura une base pour nourrir les gens», explique Yvon Gosselin, président du conseil d'administration du Grenier depuis sept ans. Son équipe rêvait d'indépendance depuis longtemps. Une somme majeure léguée par un administrateur a permis de concrétiser «la folie». Le nom du généreux donateur a d'ailleurs été donné aux lieux, les jardins Claude-Gosselin.
Remise en état de produire, la ferme maraîchère compte maintenant 3000 plants de bleuets, 1000 framboisiers et 240 pommiers, en plus d'un immense potager. S'y côtoient de nombreux légumes racines et des crucifères, excellents pour la conservation, mais aussi des tomates, des poivrons, des pommes de terre et du maïs, entre autres.
Environ la moitié des denrées sont distribuées, fraîches ou transformées, aux quelque 2000 personnes défavorisées qui cognent à la porte du comptoir alimentaire chaque année. L'autre moitié est vendue dans un kiosque installé sur place de la fin juin au mois de septembre. Fidèles et passants sont bienvenus. Les profits, quand il y en aura, serviront à financer d'autres services offerts par Le Grenier. C'est Richard Paradis, un vrai «gars de communautaire», qui dirige l'exploitation maraîchère, sous la supervision de deux agronomes qui ne comptent pas leurs conseils. En saison, trois employés et des dizaines de bénévoles travaillent la terre avec lui. Cette semaine, par exemple, des étudiants sont venus planter 1000 plants de tomates. La semaine précédente, une équipe de comptables a mis en terre 720 plants de bleuets. «Ils sont habitués, ils viennent chaque année», précise M. Paradis. Ça change de l'ordinateur!
Renfort
«Le fun, ici, c'est de faire des corvées», témoigne M. Gosselin, qui rapaille parfois les retraités de son quartier quand il y a un besoin urgent de désherber ou de récolter.
Cette main-d'oeuvre gratuite est la clé du succès des jardins Claude-Gosselin. Car les initiateurs se sont rendu compte qu'une ferme de petite taille, «c'est difficilement rentable quand les fruits et les légumes se donnent à l'automne», poursuit M. Gosselin, plein d'empathie pour les agriculteurs de métier. La rentabilité à court terme, ici, se compte en bras occupés et en ventres remplis. Elle s'envisage à long terme, quand les arbres fruitiers donneront leur plein potentiel.
Yvon Gosselin pense aussi que l'intérêt grandissant des consommateurs pour l'achat local va aider la cause. «On le voit le changement de mentalité dans la population», dit-il. Modèle unique au Québec, entre le jardin collectif et l'entreprise d'économie sociale, la terre agricole du Grenier se veut aussi une preuve de la capacité du milieu communautaire de se prendre en main et d'augmenter son autonomie financière, s'enorgueillissent ses gestionnaires. La démonstration n'est pas complétée, mais les preuves s'accumulent.










