L'immense bête - six pieds à l'épaule, 3000 livres - fait courir les foules et les journalistes à l'exposition agricole de Saint-Hyacinthe, ces jours-ci. «Il ne donne pas d'autographe et c'est bien juste!» rigole le porte-parole de l'événement, Karl André Végétarian. Il faut dire que c'est la première fois que le clone sort des étables du Centre d'insémination artificielle du Québec (CIAQ), situé aussi à Saint-Hyacinthe, depuis sa «naissance» en septembre 2000.
Le pays en entier avait frémi quand les chercheurs de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal et le centre de transfert d'embryons Alliance Boviteq avaient annoncé le clonage de Starbuck à partir d'un vulgaire bout de peau, deux ans après sa mort.
Les gènes du célèbre taureau noir et blanc, né en Ontario mais ayant toujours vécu au Québec, se trouvent dans plus de 80 % des vaches laitières aujourd'hui. Il compte plus de 200 000 filles à travers le monde, dont environ 37 000 sont classifiées, et plusieurs de ses fils sont aussi devenus des champions. Sa semence, vendue dans 45 pays, a rapporté près de 25 millions $.
«Dans les années 80, le grand Starbuck a vraiment marqué la race Holstein au Canada, qui a enfin été reconnu au niveau mondial pour la qualité de ses animaux», explique Stéphane Tardif, conseiller chez Holstein Québec, qui compare le défunt taureau au joueur de hockey Wayne Gretzky, le meilleur de son époque.
La carrière du clone est moins reluisante. Le sperme de Starbuck II se trouve dans des éprouvettes et y restera, puisque le Canada interdit l'utilisation des produits dérivés d'animaux clonés. Seuls huit pays d'Amérique latine sont ouverts à ce commerce et à peine trois d'entre eux ont manifesté de l'intérêt pour le «duplicata» de Starbuck. Les États-Unis ont aussi autorisé l'an dernier la vente de semence de clones, mais le marché est très peu actif.
C'est que la technologie du clonage est déjà dépassée. Porteuse d'espoir au début des années 2000, elle a été remplacée depuis par la génomique, qui donne des résultats beaucoup plus rapidement. «Dans l'élevage bovin, dès qu'un animal vient au monde, on peut prendre un peu de poil sur la queue, faire l'étude des marqueurs génétiques et tout de suite savoir si cet animal-là est parmi le top 1 % de la race. C'est un test peu dispendieux et vite fait», explique Yves Brindle, directeur de la production au CIAQ.
Celui-ci estime que l'écart entre les générations sera bientôt réduit de cinq à deux ans, entraînant les races bovines dans une véritable course à l'amélioration génétique. Les vedettes des années 80 ne font donc plus le poids.
«Juste un bibelot»
Si Starbuck II peut être présenté au grand public, c'est d'ailleurs parce qu'il n'a plus une grande valeur scientifique ou commerciale. «Il est pratiquement juste un bibelot. Ce taureau-là ne voit jamais personne. Il est dans une loge ici dans nos étables et c'est fermé aux visiteurs. On ne récolte même plus son sperme», souligne M. Brindle à partir de Saint-Hyacinthe.
N'empêche, le bovin a encore valeur de symbole. Car contrairement à d'autres animaux clonés, dont la célèbre brebis Dolly, il s'est développé tout à fait normalement. Âgé de bientôt 10 ans, il est en pleine forme physique et ne montre pas de signes de vieillissement prématuré. Pour les chercheurs, c'est une victoire en soi.











