C'est en tout cas ce que propose la petite entreprise Violon et champignon, qui a vu le jour au printemps à Québec. Son propriétaire, Vincent Leblanc, un agronome de formation, approvisionne notamment le traiteur le Pied bleu, dans le quartier Saint-Sauveur, en délicieux pleurotes. Mais il offre également la possibilité aux particuliers de faire pousser eux-mêmes certaines variétés à partir de mycéliums (racines de champignons) qu'il multiplie lui-même dans un laboratoire maison.
Le jeune homme de 31 ans, détenteur d'une maîtrise en biologie des sols, fait pousser ses propres champignons depuis une dizaine d'années, en plus bien sûr d'en cueillir en forêt. Avec Violon et champignon, il compte développer un marché peu exploité au Québec. Pour l'instant, il ne s'agit pas encore d'un gagne-pain, mais il espère bien y arriver un jour.
Dans la cuisine de son logement de la basse ville, une table en retrait est entièrement occupée par des autoclaves et par une quinzaine de gros sacs transparents. Au premier coup d'oeil, on dirait des fèves germées «passées date». Ce sont les mycéliums, mélangés avec de la paille, du bran de scie et des résidus de fabrication de bière récupérés d'une microbrasserie locale. Une fois mis en terre, ce substrat se transformera en pleurotes roses, pleurotes de l'orme, strophaires ou autres délices.
«Patenté» professionnel
C'est dans un laboratoire «patenté maison» et contigu à la cuisine que la matière première est multipliée. Pas question d'y pénétrer sans avoir pris une douche et revêtu une combinaison désinfectée. Un sas protège l'espace de travail, où règne une pression positive qui empêche l'air extérieur d'entrer lorsque la porte s'ouvre. Patenté peut-être, mais pas si artisanal que ça.
En fait, toute la démarche du nouvel entrepreneur se veut hautement professionnelle. C'est un véritable cours de chimie qu'il livre sur le développement des champignons. À son avis, toutefois, il n'est pas nécessaire d'être soi-même un scientifique pour en faire pousser. Il travaille d'ailleurs à la rédaction d'un guide pour ceux qui voudraient s'y aventurer.
De surcroît, il n'est pas nécessaire de bénéficier d'une large superficie pour procéder. Sur sa propre terrasse et dans sa petite cour, de belles talles de pleurotes poussent directement dans les pots de plants de tomates, dans un petit carré de paille, ou par les trous de chaudières où il a mis du mycélium. Pour les fins de sa production commerciale, le mycoculteur a cependant emménagé une salle de culture dans son hangar.
Un sac de deux kilos de mycélium vendu une trentaine de dollars permettra, s'il est remultiplié correctement (ce qu'un amateur peut faire lui-même sans laboratoire, assure Vincent Leblanc), de produire jusqu'à 10 kilos de champignons. On peut compter sur environ trois grandes récoltes et deux petites tout au long de l'été.
Le propriétaire de Violon et champignon réfère les plus passionnés à ce qu'il considère comme «la bible» de la culture des champignons en Amérique du Nord, How Mushrooms Can Help Save the World de Paul Stamets. Quant à l'instrument de musique qui a donné son nom à la compagnie, il existe bel et bien, puisque la conjointe de Vincent en joue, mais il y a aussi une vague histoire de tête-de-violon dans l'air. «Ça laisse la porte ouverte à autre chose», dit-il vaguement...
Pour en savoir plus, voir le violonetchampignon.com.






















