L'industrie du vêtement recyclé: du neuf? Non merci!

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L\'industrie du vêtement recyclé: du neuf? Non merci!

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Sonia Matte éprouve un plaisir certain à chercher les perles vestimentaires dans les boutiques de vêtements usagés. C'est une chasse aux trésors, illustre-t-elle. «Je trouve de très beaux morceaux à prix dérisoire.»

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

(Québec) «S'ils veulent continuer à engloutir leur salaire dans leurs vêtements, ça les regarde!»

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Faits saillants

Infographie Le Soleil

Sonia Matte a un bon emploi à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). Pourtant, elle a choisi de s'habiller avec les vêtements dont nous nous dépouillons.

«Ça n'a rien à voir avec mon salaire, c'est parce que j'ai décidé de moins consommer (...) C'est vraiment une philosophie de vie, explique-t-elle. Ce n'est pas parce que je n'ai pas les sous, c'est parce que je trouve que ça n'a pas d'allure de payer 300 $ pour un costume neuf!»

La résidante de Québec éprouve un plaisir certain à chercher les perles vestimentaires dans les boutiques offrant des vêtements usagés; c'est une chasse aux trésors, illustre-t-elle. «Je trouve de très beaux morceaux à prix dérisoire.»

Ce magasinage parallèle lui permet, en plus, de faire un pied de nez bien senti à l'industrie : «Il n'y a pas un manufacturier qui va m'obliger à porter ce qu'il a décidé qui est à la mode!»

L'appel des vêtements neufs est néanmoins parfois trop fort... Sonia Matte n'a pas déniché les bottes d'hiver désirées, elle s'est donc offert une virée chez un marchand local, en quête d'un «produit québécois de qualité et durable».

Au fait, qu'en pensent vos collègues, votre entourage? Mme Mat­te convient que les escapades dans les friperies, que les vêtements usagés, rebutent d'aucuns. «Il ne faut vraiment pas avoir d'orgueil mal placé.»

Changement de mentalité

Copropriétaire de la friperie Boomerang, sise boulevard de l'Ormière, Monique Maltais observe un changement dans les mentalités. «C'est plus qu'une mode, la récupération vestimentaire. On est rendu à cette étape-là dans notre société.»

Ses clients? «Ce sont des gens qui ont le goût de faire autre chose avec leur argent.» Une habituée habille ses trois enfants deux fois l'an à la friperie. Et garde ses billets pour voyager, pour les sports, les loisirs, assure-t-elle.

Pas de guenilles ici. Tous les vêtements sont déposés dans un bac, à l'avant du commerce, par les résidants du coin. Un gros bac de métal rempli tous les jours.

Mme Maltais nous offre une visite guidée. Manteau d'un magasin réputé, vêtements pour enfants en quantité, quelques jouets... et beaucoup de vêtements féminins ? ces dames auraient l'habitude de renouveler la garde-robe!

Pascal Grenier, responsable du Groupe de simplicité volontaire de Québec, remarque d'ailleurs que sa conjointe ne peine pas à s'habiller à 80 % ou 90 % dans la filière de l'usagé. «Il y a un choix beaucoup plus grand que dans les magasins de neuf. C'est beaucoup, beaucoup plus diversifié.»

«Ce ne sont pas des vêtements des années 1970», enchaîne-t-il. Les friperies reçoivent tellement de vêtements qu'elles ne conserveraient que les plus beaux morceaux.

Dans l'espoir de faire tomber des réticences, Pascal Grenier en remet : «Quand on achète usagé dans une friperie, on se trouve à acheter local!» Même si le vêtement est confectionné en Chine, 100 % des revenus de l'usagé sont injectés au Québec. «Il ne faut pas avoir honte d'aller là. Ça aide l'organisme en plus de protéger l'environnement.»

Ras-le-bol

Le ras-le-bol de la directrice de la Ressourcerie de Lac-Saint-Charles est palpable... même au bout du fil téléphonique.

Diane Laberge patauge pour maintenir à flot son «entreprise» de récupération; elle ne dispose pas de beaucoup de temps pour discourir avec la presse. Elle profite néanmoins de la tribune pour darder les municipalités : les ressourceries et autres récupérateurs libèrent les sites d'enfouissement de tonnes de matières, lance-t-elle; pourtant les mairies ne les subventionneraient pas suffisamment, voire pas du tout.

Elle s'offre en exemple : «Ça fait 14 ans qu'on existe et on n'a pas d'entente avec la Ville pour la collecte. Il n'y a pas de reconnaissance.»

Trop chers, les vêtements...

Les vêtements neufs ne valent pas le prix payé, clame Andréanne Leclerc-Marceau, agente d'information et de logistique en commerce équitable chez Équiterre.

Nécessairement, les travailleurs dans toute la chaîne de production sont exploités, selon elle. Pour un gilet, par exemple, il faut rémunérer les producteurs de coton, les transformateurs fabriquant le fil puis le tissu, les travailleurs le nettoyant, puis les couturiers. Ensuite, le vêtement voyage en bateau, en camion, pour finalement être vendu. «C'est sûr que ce vêtement ne vaut pas 10 $».

Guide l'acheteur

Des exemples de prix à la friperie Boomerang, boul. de l'Ormière:

>> Souliers pour enfant : 3 $ à 5 $

>> Bottes pour adulte : 9 $

>> Pantalon : 5 $ à 7 $

>> Chandail : 4 $ à 5 $

>> Chemise : 4 $ à 5 $

>> Vêtements pour bébé : 1 $ à 5 $

>> Manteau d'un magasin de luxe : 25 $

Sur le Web

>> Le guide Achetez usagé! : www.reduiremesdechets.com

>> Adresses de récupérateurs et de recycleurs :dans la section «Répertoires» de www.recyc-quebec.gouv.qc.ca

>> Guide du vêtement responsable, Équiterre : www.equiterre.org/equitable/guide-vr.php

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