Dans un communiqué laconique, la compagnie minière junior de Vancouver ne parle pas du vent de protestation qui souffle à Sept-Îles contre le projet ni de pressions, mais plutôt des conditions actuelles du marché du concentré d'aluminium, qui font en sorte d'interrompre sur-le-champ ses travaux de forage au lac Kachiwiss. L'entreprise met aussi fin aux travaux de construction du chemin d'accès au site d'exploration.
Les propos du ministre délégué aux Mines, Serge Simard, laissent plutôt penser que le gouvernement a indiqué à l'entreprise qu'un projet de mine était pratiquement impensable et que, dans les circonstances, mieux valait jeter l'éponge. Le ministre parle même de «portes fermées» pour l'exploitation.
«Nous avons rencontré Terra Ventures la semaine dernière et nous leur avons fait comprendre que le projet de Sept-Îles était mal parti en raison des modifications qui seront apportées à la Loi sur les mines, a-t-il lancé. L'acceptabilité sociale sera importante pour les projets à venir et Sept-Îles nous a indiqué clairement qu'elle ne voulait pas d'une mine d'uranium.»
Le ministre Simard a cependant jugé prématuré de parler de moratoire sur l'industrie de l'uranium à l'ensemble du Québec, ce qu'exigent les 24 médecins de l'hôpital de Sept-Îles qui menacent de démissionner. «La nouvelle loi obligera les compagnies à déclarer qu'elles recherchent de l'uranium. Ce sont les milieux qui vont décider des ressources exploitées chez eux», a-t-il dit.
La nouvelle de l'abandon des travaux n'a pas fait baisser la garde aux médecins. «Ça ne nous rassure pas du tout. Nous ne voulons pas dépendre de la loi des marchés, mais plutôt des enjeux environnementaux et de la santé publique qui découle du projet», a lancé la porte-parole du regroupement des 24 médecins, Dre Isabelle Gingras.
«Ça prouve que le gouvernement est déboussolé. Il se retrouve entre l'arbre et l'écorce. Québec ne peut pas dire d'arrêter les travaux de Terra Ventures sans arrêter les autres projets en cours. Mais nous avons fait pression et c'est une victoire», a ajouté le porte-parole de Sept-Îles sans Uranium, Marc Fafard.
Terra Ventures dit profiter de cet arrêt pour se restructurer et se séparer en deux compagnies distinctes et cotées en Bourse, afin de maximiser l'investissement de ses actionnaires. Aucun autre projet d'exploration ne sera conduit d'ici à ce que le dossier soit complété. L'action de Terra Ventures valait 38 cents hier à la fermeture de la Bourse de Toronto. Le titre de la minière a perdu plus de 15 % de sa valeur depuis le début décembre.
Le prix de la livre de concentré d'uranium U3O8, communément appelé yellowcake dans le monde de l'énergie nucléaire où il est utilisé, est en chute libre. Il est de 45 $US la livre alors qu'il a atteint un sommet de 136 $US en juin 2007.
Avec la collaboration de Steeve Paradis













