Exploration gazière dans l'archipel: les Madelinots inquiets

 

Geneviève Gélinas, collaboration spéciale
Le Soleil

(Îles-de-la-Madeleine) Après des résidants de la vallée du Saint-Laurent, c'est au tour de ceux des Îles-de-la-Madeleine d'exiger un moratoire sur l'exploration gazière dans leur territoire. Ils s'inquiètent du projet de Gastem, qui s'apprête à forer un puits sur la terre ferme dans le secteur de Fatima.

«On vit sur un caillou au milieu du golfe», souligne Annie Landry, porte-parole du groupe madelinot Énergie alternative. «Si on creuse des trous et qu'on atteint la nappe phréatique, ça va mal. Tout risque en lien avec l'eau potable est un risque de trop.»

Dans la nuit du 5 au 6 septembre, des sympathisants du groupe ont placardé 650 affiches un peu partout aux Îles. On peut y lire les mots Gastem, Gasland et moratoire. Une façon pour Énergie alternative de rappeler que la firme possède depuis 2008 les permis d'exploration du sous-sol de l'archipel. Mme Landry déplore que Gastem n'ait tenu aucune séance d'information publique jusqu'ici, une attitude «cavalière».

Des représentants de la firme ont plutôt rencontré les membres d'un comité des hydrocarbures formé à l'initiative de la municipalité des Îles. Selon Mme Landry, Gastem a donné des réponses «évasives» et «vides de sens» au comité. «On reçoit l'information au compte-gouttes, dit-elle. Ils refusent par exemple de nous donner la liste des produits chimiques utilisés et leur quantité.» Mme Landry souhaite aussi que Québec considère davantage l'opinion des résidants. Pour l'instant, «le gouvernement représente plus les intérêts du privé que ceux de la population», estime-t-elle.

Plus de précautions

Gastem prévoit forer un puits de 2300 mètres de profondeur dans le secteur de Fatima cet automne ou au printemps, des travaux de 4 à 6 millions $.

David Vincent, directeur des relations avec les investisseurs pour Gastem, promet des «précautions supplémentaires», considérant l'importance de l'eau douce aux Îles. «Il y aura une couche de coffrage supplémentaire, dit-il, et les bassins de récupération d'eau seront renforcés.»

M. Vincent souligne qu'il s'agira d'un forage conventionnel, sans fracturation sous terre, contrairement aux travaux menés dans la vallée du Saint-Laurent.

Il garantit que Gastem tiendra une séance d'information publique avant le forage. «Si la population refuse le projet, je vois mal comment on pourrait aller de l'avant, dit-il. Mais on a bon espoir d'avoir son appui.»

Convaincre hydro

Hydro-Québec exploite une centrale thermique au mazout dans l'archipel. Gastem espère convaincre la société d'État de convertir sa centrale au gaz naturel. Le refus d'Hydro-Québec rendrait le projet de Gastem «beaucoup plus difficile», croit M. Vincent.

«Pour penser exporter du gaz hors des Îles, ça prendrait un réservoir de classe internationale.» Gastem évalue à 10 % ses chances de trouver du gaz naturel dans le sous-sol des Îles.


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