«J'ai commencé à aimer le cinéma par le burlesque et le slapstick. C'est le premier cinéma qui m'a séduit, enfant, et qui a continué à me séduire à l'adolescence», avoue Mouret, rencontré à Montréal au lendemain de la première nord-américaine de son film, au festival Cinémania.
L'auteur de Changement d'adresse et d'Un baiser s'il vous plaît s'intéresse dans ce cinquième long-métrage (à l'affiche la semaine prochaine) au parcours à obstacles amoureux d'un inventeur (lui-même) qui, à la suggestion de sa petite amie (Frédérique Bel), tentera d'assouvir un fantasme avec une inconnue croisée dans un bar (Judith Godrèche), en l'occurrence nulle autre que la fille du président de la République (Jacques Weber)...
À la façon de Peter Sellers dans The Party, qui foutait en l'air une réception chic, le personnage de Mouret multipliera les gaffes et autres bourdes, avant de se retrouver en mauvaise posture avec une seconde femme, la soubrette de sa conquête (Déborah François).
«Les personnages maladroits, qui essaient de bien faire, mais qui sont toujours à côté de la plaque, nous touchent, car ils sont un peu l'écho de notre propre intimité, dans un monde où il faut toujours être habile et au point, avoue Mouret. Dans mon for intérieur, je me sens assez proche de ces personnages qui sont dépassés par les choses. Quelque part, leur maladresse est à l'image de notre condition humaine.»
Un réalisme des émotions
Le cinéma de Mouret s'appuie sur une élégance des mots et une mise en scène qui ne cherchent pas le réalisme à tout prix. Le principal intéressé endosse à plein ce choix, d'où l'idée de faire tomber amoureux son personnage de la fille du président français.
«En général, mes films ? et c'est souvent après que je le réalise ? sont basés sur des fantasmes mis à l'épreuve du réel. Ici, mon personnage trouve une note qu'il donne à cette femme [Godrèche] et qui le place dans une situation aux conséquences inattendues. En même temps, qui ne rêverait pas de voir sa copine dire : ?Ah! Tu penses à une autre femme, alors va vivre une aventure avec elle, ainsi tu seras débarrassé de ce fantasme et ça ira beaucoup mieux entre nous?...
«Je n'ai pas cherché un réalisme social, mais un réalisme des émotions, poursuit le cinéaste originaire de Marseille. Mon personnage transgresse pour la première fois son couple pour avoir une aventure, alors tout apparaît énorme, d'où cette femme riche d'un autre milieu que le sien. Pourquoi pas une fille de pdg, que je me suis dit? Et pourquoi pas quelque chose de plus gros? Et tant qu'à y être, pourquoi pas la fille du pdg des pdg, le président de la République?»
Emmanuel Mouret n'en a pas fini avec l'amour. Il se mettra bientôt à l'écriture de son prochain film, L'art d'aimer. Et il ne voit pas pourquoi il s'arrêterait en si bon chemin. «L'amour est la seule véritable raison de vivre pour la plupart d'entre nous. Sur le plan cinématographique, l'amour et le désir permettent de créer le suspense. Tout ce qui relève de ce domaine est très codifié par notre morale. C'est une façon légère d'interroger les usages et les moeurs de notre monde.»











