Le Soleil révélait mercredi le projet du Conservatoire de musique et d'art dramatique de regrouper ses activités dans un seul et unique bâtiment à Québec. Ce projet de 60 millions $ pourrait voir le jour dans l'actuel complexe de cinéma Place Charest, son propriétaire, l'Université du Québec, ayant manifesté son intérêt à accueillir l'école.
«On sait bien que le cinéma est en sursis depuis plusieurs années. Le bâtiment a besoin de grandes rénovations. Je serais tout de même très désolée que ferme le cinéma Charest», dit la conseillère des Faubourgs, Chantal Gilbert qui avoue fréquenter souvent ces salles. «Je l'aime bien encore, mais j'ai toujours eu peur qu'il ferme.»
Pour elle, de nouvelles salles devront être aménagées ailleurs dans le secteur pour pallier la fermeture qu'entraînerait inévitablement l'arrivée du Conservatoire. «Je pense qu'il faut trouver une place, allumer un promoteur à cette éventualité. Il y a de la place et il y a un besoin, estime cette artiste. On veut ramener les jeunes au centre-ville et je pense qu'on a besoin d'un cinéma où les gens peuvent se rendre à pied.»
Elle souligne que la fermeture du complexe de cinéma Place Charest rendrait l'accès au septième art bien difficile aux usagers du transport en commun, la majorité des écrans se trouvant en périphérie.
Cette inquiétude trouve d'ailleurs écho chez Alexandre Turgeon, de l'organisme Vivre en ville. Celui-ci déplore la lente érosion ayant frappé les cinémas au centre-ville. Théâtre du Capitole, Place Québec, notamment : les écrans ont fondu comme neige au soleil au coeur de Québec pour se déplacer en périphérie.
M. Turgeon y voit la conséquence «d'un mauvais zonage», Québec ayant permis aux cinémas de se développer où bon leur semblait. Vivre en ville espère maintenant un renversement de la tendance. Que se multiplient les petits cinémas plutôt que les grands complexes. «C'est une façon du passé qui est vouée à l'échec. L'avenir de l'industrie diffusion est, à mon sens, dans les plus petites salles.» Le cinéma Cartier, sur la rue du même nom, confirme d'ailleurs cette tendance.
La nouvelle du projet de Conservatoire laisse aussi pantois les organisateurs du seul festival de cinéma à Québec. «À moins qu'on le remplace, ce serait une perte pour Saint-Roch», déplore Michel Létourneau, membre du conseil d'administration du Festival de cinéma des trois Amériques (FC3A).
«C'est clair que le cinéma est vétuste. Il n'y a pas de cinéma numérique qui peut être fait là. Les salles mériteraient un lifting. Mais entre ça et disparaître, il y a un pas », souligne M. Létourneau. Le FC3A avait d'ailleurs été surpris - et déçu - de découvrir que les salles n'étaient pas ambiophoniques (surround), une technologie pourtant vieille d'une décennie.
Il a été impossible mercredi de joindre la direction du cinéma pour des commentaires.













