M. Nobody: les destins d'une vie

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Normand Provencher
Le Soleil

(Québec) Jaco Van Dormael, l'excellent réalisateur belge de Toto le héros et du Huitième jour, avait disparu de la circulation depuis un moment, sept ans en fait, pour écrire le scénario de M. Nobody. Devant le foisonnement d'idées et de trouvailles visuelles de ce troisième long-métrage, on comprend mieux la raison de sa longue retraite.

C'est qu'il lui a fallu tout son temps, et surtout une folle imagination disponible en permanence, pour écrire et tourner cette fable philosophico-fantastique, inspirée d'un de ses courts-métrages de jeunesse, qui aborde, dans un déluge d'idées et d'images, les notions de hasard et de choix. Une version dopée aux stéroïdes de Sliding Doors - où Gwyneth Paltrow vivait deux destins différents selon qu'elle empruntait un wagon ou l'autre du métro.

En 2092, le dernier humain mortel s'apprête à rendre l'âme à un âge canonique. Dans la chambre d'un hôpital hightech, avec les caméras du monde entier braquées sur lui, Nemo Nobody (Jared Leto) s'ouvre au journaliste venu l'interviewer. Il se souvient de son enfance, du divorce de ses parents et de ce jour où, sur le quai d'une gare, il lui a fallu prendre la décision de sa vie : monter dans le train avec sa mère ou rester avec son père.

De ce choix découleront une multitude de vies potentielles, les unes heureuses, les autres beaucoup moins, qui vont et viennent dans le puzzle de Van Dormael. Au jeu de l'amour et du hasard, les femmes de Nemo emprunteront trois visages différents (Diane Kruger, Sarah Polley, Linh-Dan Pham) mais une seule, la première, l'aura vraiment chamboulé.

Mais comment savoir, devant cet infini de possibles, que notre vie est la bonne, celle qui méritait d'être vécue plus qu'une autre? Van Dormael n'apporte évidemment pas de réponse à cette question à un million, laissant au spectateur le soin de démêler, entre réalité et illusion, l'invraisemblable de l'incroyable. L'essentiel ici n'étant pas nécessairement de tout comprendre, mais de se laisser porter par l'émotion.

Un ovni

À notre ère du cinéma prémâché, M. Nobody fait figure de véritable ovni. Van Dormael refuse de niveler par le bas. Son film parle de destin et d'amour, mais aussi d'entropie, de la théorie du battement d'ailes du papillon, d'expansion de l'univers, d'immortalité, du temps qui passe et qui ne revient plus, et de plus encore, tout cela au son de la chanson «ver d'oreille», Mr.?Sandman, des Chordettes (Mr. Sandman, bring me a dream / Make him the cutest that I've ever seen).

Ce génial M. Nobody trouvera une place dans la liste de nos meilleurs films de l'année. Dommage que son distributeur ait choisi de le sortir à Québec dans une seule salle, en basse ville, en plein coeur de juillet. On aurait voulu le cacher qu'on ne s'y serait pas pris autrement...

Au générique

Cote : **** 1/2

Titre : M. Nobody

Genre : drame fantastique

Réalisateur : Jaco Van Dormael

Acteurs : Jared Leto, Diane Kruger, Sarah Polley, Linh-Dan Pham, Rhys Ifans, Toby Regbo

et Juno Temple

Salle : Place Charest

Classement : général

Durée : 2h18

On aime : l'ingénieuse complexité du récit, le foisonnement d'idées, le sens de l'image de Van Dormael, la réflexion sur de grandes questions existentielles

On n'aime pas : -


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