Cabotins: l'endroit et l'envers du burlesque

Rémy Girard, qui a été, de l'avis de...

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Rémy Girard, qui a été, de l'avis de toute la distribution, une référence pendant le tournage

Josianne Desloges

Josianne Desloges
Le Soleil

(Québec) L'humour burlesque est affaire de duos. Chaque grand comique a son faire-valoir pour lui donner de l'élan. Dans le cas du duo de créateurs du film Cabotins, la relation est beaucoup plus égalitaire et chacun a cherché, pendant plus de huit ans, à enrichir le travail de l'autre. Le scénariste Ian Lauzon (De père en flic) et le réalisateur Alain Durocher (Les Bougons, Nitro) tirent les ficelles de cet hommage au burlesque québécois.

Cet hommage passe par l'histoire de Marcel Lajoie (Rémy Girard), un has been au bord de la faillite qui recrute ses anciens comparses pour faire revivre La grange à Marcel, un théâtre d'été qu'il a laissé à l'abandon sur ses terres. Lady Moon (Yves Jacques), un travesti en deuil, Roger (Gilles Renaud), un crooner salace, et Lucie (Dorothée Berryman), une comique indomptable, acceptent de refaire leurs numéros où chansons grivoises, sketchs vaudevillesques et stand-up sont à l'honneur.

Le duo Lauzon-Durocher adorait l'idée de parler de ce type de théâtre, «un peu boudé par la communauté artistique», rappelle le réalisateur. «Je viens du théâtre underground et je m'identifie beaucoup au théâtre populaire, à ce type de relation avec le public», ajoute le scénariste.

En lisant leur scénario en 2008, le producteur Jacques Bonin (Nez rouge, La loi du cochon, La mystérieuse Mademoiselle C.) s'est permis de mettre un (gros) grain de sel au projet. «Je trouvais que c'était une bonne idée de rendre hommage aux gens de variétés, mais j'ai dit aux gars que l'action n'était pas campée dans les bonnes années.»

Pour situer l'action aujourd'hui, il aurait fallu prendre des comédiens beaucoup plus vieux, qui auraient pu avoir connu l'âge d'or du burlesque dans les années 50. «En 1985, ces gens-là étaient snobés, en chômage. Théâtre classique et populaire ne se parlaient pas. C'est Denys Arcand qui a commencé à réhabiliter les Dominique Michel et Claude Blanchard dans ses films», expose le producteur, qui croit que le choix de situer le scénario à cette époque a aidé à convaincre les investisseurs de la pertinence du propos. «C'est aussi un peu la dernière chance qu'on a de rendre hommage aux grands du burlesque avant qu'ils ne soient plus là», ajou-te-t-il.

Ce positionnement historique a enthousiasmé le duo de créateurs. «C'est l'apogée du snobisme. On est un an après la réélection de Reagan aux États-Unis, en pleine remontée du puritanisme - incarné dans le film par le banquier Granger, joué par Louis Morissette -, expose Lauzon, le burlesque a un pied dans la chute.»

C'était l'occasion de faire des clins d'oeil riches de sens... Dans le texte comme visuellement, les références pleuvent. Gilles Latulippe, qui n'avait pas fait de cinéma depuis l'époque de Deux femmes en or, y fait notamment une apparition en chauffeur de taxi. «Il y avait un texte écrit, mais il nous a dit : "Donne-moi le canevas de base et je vais me débrouiller"», raconte Desrochers. «Le film se prête à ça», ajoute Lauzon.

Une allusion au Déclin de l'empire américain, tourné justement à l'été 1985, a dû, malheureusement, être évacué du scénario : «Lorsque Marcel Lajoie a fait sa tournée pour contacter ses vieux chums. Il se rendait sur le lieu de la première scène du Déclin, à l'Université de Montréal, pour trouver Dominique Michel», explique l'auteur.

Tons variés

Malgré le sujet, Ian Lauzon ne voulait pas tomber, justement, dans la comédie facile. «L'être humain est burlesque. L'homme, au fond, est ridicule et drôle de manière spectaculaire», croit-il. «On voulait jouer sur la gradation qui existe dans la gravité - il y a des scènes de tristesse et de solitude dans ce film-là, mais aussi des scènes d'éclatement total. Je pouvais écrire des tirades très burlesques, scatologiques à l'occasion, aller dans un comique assez grossier, tout en sachant qu'Alain allait ramener ça dans la vérité et que ça ne serait pas surjoué.»

Tout comme on a qualifié Le déclin, à sa sortie, de «vaudeville intellectuel», le réalisateur voulait que Cabotins soit «une comédie intelligente, où le rire et les pleurs sont à égalité». Un film qui peut, également, transmettre une certaine façon de voir la réalité : «On voulait montrer que la vie, c'est comme des numéros de variétés. On joue sur ça dans le film, en créant une ambiguïté pour certaines scènes, où on ne sait pas si ce qu'on voit est dans la vie ou dans le spectacle.»


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