Jean-François Richet: saisir l'énigme Mesrine

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Normand Provencher
Le Soleil

(Toronto) Surnommé «l'homme aux mille visages», Jacques Mesrine était une énigme doublée d'un mystère. Dans les circonstances, entre réalité et fabulation, la tâche du réalisateur Jean-François Richet s'avérait pour le moins casse-gueule dans son désir de porter au grand écran la vie du tristement célèbre brigand français.

Rencontré par Le Soleil à la première nord-américaine du premier volet (Mesrine : l'instinct de mort), en septembre 2008, au Festival international de Toronto, le cinéaste avoue que la tâche de percer le personnage était considérable. «Dans l'inconscient collectif, Mesrine demeure une icône. Il est encore très connu. Il est repris dans les chansons de rap. Le défi, ce n'était pas d'en faire un superhéros, mais de montrer ses zones d'ombre et de lumière. Mesrine a posé des gestes inexcusables, mais il fallait au moins essayer de comprendre», explique le cinéaste révélé en 1996 par État des lieux (César du meilleur premier film).

Après avoir filmé ses premiers pas dans le monde interlope et la naissance du mythe dans le premier épisode, Richet évoque dans Mesrine : l'ennemi public numéro un l'apogée du personnage, «plus flamboyant», jusqu'à sa mort, en novembre 1979, alors que «l'État a décidé de l'exécuter», en pleine rue, à Paris, sans sommation.

De droite à gauche

Trente ans après la disparition de Mesrine, Richet est le premier à reconnaître que le personnage (interprété par Vincent Cassel) demeure aussi insaisissable que fascinant. À commencer par le parcours idéologique de ce «petit voyou» devenu une légende vivante, au point d'être reconnu, d'abord au Québec, ensuite en France, comme l'individu à la fois le plus craint et le plus populaire.

«Il s'est enrôlé à 17 ans pour la guerre d'Algérie [comme commando-parachutiste]. Là-bas, il a traîné dans des groupuscules d'extrême droite. À la fin de sa vie, il frayait avec des groupuscules d'extrême gauche. Il envisageait même de joindre les Brigades rouges. Que s'est-il passé en 20 ans?» se demande Richet.

Sans être l'élément déclencheur de ce qui allait suivre, l'épisode algérien a peut-être joué un rôle déterminant chez Mesrine, estime Richet. «Quand on a 20 ans, qu'on n'est pas trop structuré, qu'on se retrouve dans des situations extrêmes de guerre, à assister à des tortures, c'est difficile de s'en sortir.»

L'homme qui disait non

Richet a passé des heures à éplucher les comptes rendus policiers et les articles de journaux de l'époque sur les faits d'armes du brigand, se déplaçant même sur les lieux des crimes. À Saint-Louis-de-Blandford, dans les Bois-Francs, par exemple, où Mesrine est soupçonné d'avoir abattu deux gardes-chasses, en septembre 1972, en compagnie de son acolyte de cavale, Jean-Paul Mercier.

Richet n'est pas totalement convaincu de l'implication de Mesrine dans cette sordide affaire. «La femme de Mercier (présente sur place) a dit que Jacques n'a pas tiré, sauf qu'elle l'a fait après la mort de Mercier. Elle peut avoir cherché à protéger Mesrine. En tout cas, ce qui est certain, c'est que deux balles ont été tirées de deux armes différentes. Si Mesrine a tiré, c'était par légitime défense parce qu'il ne voulait pas retourner en prison.»

La fascination persistante pour Mesrine tient surtout, selon le cinéaste, à son arrogance et à son arrogance face à l'autorité. «Il aimait provoquer l'État par l'intermédiaire de la presse. En France, on aime les râleurs, les gens qui disent non, tout le temps. Chose certaine, Mesrine n'aurait pu exister aujourd'hui. Avec les moyens techniques modernes, il n'aurait jamais pu être en cavale aussi longtemps ni s'échapper de prison autant de fois.»

Mesrine : l'ennemi public numéro un prend l'affiche le 27 août. Le premier volet (Mesrine : l'instinct de mort) est actuellement en salle.


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