Café de Flore: exorciser le mal d'amour

Jean-Marc Vallée...

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Jean-Marc Vallée

Normand Provencher
Le Soleil

(Québec) Pour Jean-Marc Vallée, Café de Flore a été la façon d'exorciser sa séparation avec la mère de ses deux enfants, celle qu'il croyait être son âme soeur, à la vie, à la mort. «C'est pas facile une séparation. Ça fait mal, c'est un deuil. C'est un traumatisme aussi fort que la perte d'un être cher.»

Pour guérir de sa blessure, le cinéaste qui avoue être «un romantique dans l'âme» s'est écrit un film, explique-t-il au Soleil, attablé à un bistrot d'un hôtel de Toronto, la semaine dernière, à l'occasion du lancement nord-américain de ce troisième long-métrage, présenté ce soir en ouverture du premier Festival de cinéma de la Ville de Québec.

Son alter ego à l'écran, Antoine (Kevin Parent), est un DJ montréalais à succès dont la vie sentimentale est ballottée entre la mère de ses enfants qu'il vient de quitter (Hélène Florent) et sa nouvelle flamme (Évelyne Brochu). En parallèle, le scénario suit une histoire dans le Paris des années 60 (et qui finira par recouper la première), celle de Jacqueline (Vanessa Paradis), petite coiffeuse parisienne qui s'occupe seule de son gamin trisomique. Avec, à la ligne d'arrivée, un dénouement avec «une petite twist surnaturelle».

«J'aime bien ce flirt avec le surnaturel dans un contexte bien réaliste, avoue Vallée. J'ai toujours aimé les films à la Sixth Sense, The Others, Let the Right One In

Le réalisateur n'a pas emprunté le chemin le plus facile pour son troisième long-métrage, après C.R.A.Z.Y. et The Young Victoria. Les défis, il adore. «Je n'avais pas envie d'une histoire d'amour juste pour faire une histoire d'amour. Je voulais explorer, faire autre chose [...] À la fin, je joue avec cinq niveaux de temps. C'est un peu confondant, mais on suit. Je ne savais pas si ç'allait marcher ou non, mais finalement, ça marche.»

L'air de Matthew Herbert

Café de Flore s'inspire du célèbre bistrot parisien de la rive gauche, où sont nés tant de couples mythiques, mais aussi et surtout d'un air instrumental de Matthew Herbert, devenu la chanson fétiche de Jacqueline et de son gamin. Un peu comme Crazy de Patsy Cline ensorcelait l'univers de Michel Côté dans C.R.A.Z.Y.

«On ne voit pas le vrai Café de Flore dans le film, explique-t-il. Je ne voulais pas d'une grosse pub. On l'entrevoit seulement, avec ses rangées de chaises empilées, lorsque Jacqueline et le petit Laurent passent devant, tous les matins, pour aller à l'école.»

En revanche, les notes du Café de Flore du Matthew Herbert Band (découvert par le cinéaste dans sa version lounge en 2004) squattent l'écran. Tout comme la musique de Pink Floyd (Speak to Me et Breathe, tirés de l'album culte Dark Side of the Moon), Led Zeppelin, Brian Ferry, Martha Wainwright, Alain Bashung et beaucoup d'autres.

Jean-Marc Vallée le cinéaste aurait-il raté sa vocation? Aurait-il préféré être musicien?

«C'est l'une des frustrations dans ma vie. Chaque fois que j'assiste à un show, je me vois à la place des musiciens», avoue celui qui, comme Woody Allen, se fait joueur de clarinette à ses heures. «En même temps, le cinéma me procure ces moments de grâce. Je deviens DJ, je cherche la meilleure musique pour chacun des personnages...

«La musique me parle tellement, c'est un tel déclencheur d'émotions. Elle fait tellement de bien dans ma vie, elle m'aide à nourrir mes films, à vivre. J'en écoute tout le temps, en travaillant, en joggant. Avec le recul, je me rends compte que j'ai envie de redonner tout ce qu'elle me procure.»

Kevin Parent, la découverte

Le choix de Kevin Parent com­me personnage masculin principal, un chanteur n'ayant aucune expérience au cinéma, relève du «pif» des deux directrices de casting, et non d'une décision longuement mûrie. Des cinq chanteurs et sept acteurs qui ont défilé en audition, Parent a été le plus étonnant.

«Kevin a été une belle découverte, il nous a blowés. Il possède une photogénie forte, cette enveloppe pleine de charme et de charisme capable de faire croire aux deux femmes du film (Florent et Brochu) qu'elles étaient vraiment ses âmes soeurs.

«D'ailleurs, précise le réalisateur pour l'anecdote, c'est assez frustrant pour un gars de sortir en public avec lui. Le monde ne fait que le regarder, cet ostie-là! C'est comme pour Grondin (Marc-André). Ils ont quelque chose, c'est écoeurant. Tu sors avec eux autres, t'existes plus...»

Vallée loue également la générosité et l'acharnement au travail de Vanessa Paradis, l'égérie de Chanel qui a accepté de jouer sans fard devant la caméra. «Pas de maquillage, la chevelure terne, elle n'était pas du tout dans la séduction. Ce n'était pas évident à jouer, mais jamais elle n'a rechigné, même si elle a parfois dû reprendre 25 fois la même prise avec le petit Laurent. Pour ces scènes-là, j'avoue avoir pris quel­ques cheveux gris...»

Preuve de la grande confiance qu'il affichait à l'égard de la star française, Vallée a baptisé son personnage du prénom de sa mère, Jacqueline, décédée il y a un an, en plein tournage du film. «Lorsque j'ai rencontré Vanessa pour la première fois, la chanson de Dinah Washington, What a Difference a Day Makes, jouait dans le resto. C'était la chanteuse et la chanson préférées de ma mère. Tout de suite en arrivant, Vanessa me dit la même chose. C'est fou, j'étais en plein ésotérisme...»

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