Une Salzbourg d'Amérique

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Une Salzbourg d\'Amérique

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Le Vieux-Salzbourg et sa forteresse

Photothèque Le Soleil

Richard Boisvert
Le Soleil

(Québec) Le directeur de l'Opé­ra de Québec, Grégoire Legendre, et le fondateur de la Caserne, Robert Lepage, ont annoncé il y a quelques mois leur intention de mettre sur pied un nouveau festival d'art lyrique à Québec. La présentation du Château de Barbe-Bleue et d'Erwartung, au Grand Théâtre ces derniers jours, est venue poser une pierre dans la construction du projet.

L'idée consiste ni plus ni moins à faire de la ville une sorte de Salzbourg d'Amérique. Or, quand on examine le dossier de près, la ville de Robert Lepage soutient assez bien la comparaison avec celle de Mozart.

Salzbourg apparaît sur la liste du patrimoine culturel mondial de l'UNESCO depuis 1997. Québec, depuis 1985. La première est reconnue comme l'un des plus charmants endroits d'Europe, alors qu'on s'entend pour dire que le Vieux-Québec compose un des plus beaux ensembles architecturaux d'Amérique du Nord.

Si Mozart a littéralement fui Salzbourg afin de tenter sa chance à Vienne, Lepage, lui, a au contraire décidé d'installer la base de son travail à Québec. Quoi de plus normal, en conséquence, que d'organiser un événement qui permettrait de faire rayonner ses oeuvres dans la ville où elles prennent d'abord forme?

Concrètement, plusieurs arguments jouent en faveur de la création d'un festival d'art lyrique. Déjà, avec la tenue d'Operalia, l'équivalent d'un championnat mondial du chant, la ville a prouvé qu'elle pouvait accueillir un grand événement musical international. De sorte que le nom de Québec circule de plus en plus dans le milieu.

Comme on a pu le remarquer, un nombre significatif de touristes des autres provinces du Canada et des États-Unis a assisté aux épreuves. De la même manière, le nom de Robert Lepage constitue une puissante force d'attraction, à la fois pour le public et pour les artistes.

La présence immédiate de la Caserne, dont les réalisations sont applaudies notamment à Paris, à Londres, à San Francisco et très bientôt à New York, constitue un puissant facteur de légitimité. Contrairement aux étapes d'un Grand Prix de Formule 1 ou aux clubs sportifs, qui demeurent des franchises aux racines souvent peu profondes, appelées à déménager au gré du vent et de l'appel du fric, un événement organisé autour de l'opéra et, plus particulièrement autour du travail de Robert Lepage, a le mérite de s'ancrer solidement dans le paysage culturel de Québec.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les deux principaux lieux de diffusion du Festival de Salzbourg ne sont pas des bâtiments historiques mais des constructions assez récentes. Le Petit Palais a ouvert ses portes en 1926 et compte 1324 places. Le Grand Palais, qui intègre il est vrai certains vestiges de bâtiments historiques, a été inauguré par Herbert von Karajan en 1960 et peut accueillir 2177 personnes. Québec dispose déjà de deux salles de calibre et de gabarit à peu près comparables.

Le Festival de Salzbourg s'est aussi approprié le Manège des Rochers, construit en 1693 pour l'entraînement de la cavalerie et où l'on présente depuis 1926 des concerts, des opéras et du théâtre en plein air. À Québec, on pourrait fort bien imaginer une nouvelle vocation artistique pour le site incendié du Manège militaire.

Là où Salzbourg se distingue de Québec, c'est au point de vue du poids économique de l'industrie du spectacle. Selon le site Web de la ville, le Festival organise 170 événements artistiques de la fin juillet à la fin août et vend chaque année entre 220 000 et 240 000 billets d'entrée. C'est beaucoup de monde, moins pourtant que ce que le Moulin à images a réussi à attirer au long des 70 représentations de l'été dernier. Le spectacle était gratuit, direz-vous, n'empêche que les gens ont fait l'effort de se rendre en masse dans le Vieux-Port pour consommer de la culture. Quand on y pense, c'est là un signe très encourageant.

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