Le 23 mai, les représentants de Quebecor ont quitté le conseil d'administration de l'ADISQ. J. Serge Sasseville, vp affaires corporatives et institutionnelles chez Quebecor Media, et Pierre Marchand, du Groupe Archambault, filiale de Quebecor, ont claqué la porte. Toutes les entreprises de Quebecor, donc les magasins Archambault, la maison de disques Musicor et Distribution Sélect, ne renouvelleront pas l'automne prochain leur adhésion à l'Association des producteurs d'enregistrements et de spectacles du Québec.
On peut bien se dire qu'il reste plein d'autre monde à l'ADISQ et que ce n'est pas si grave. Mais ce serait jouer à l'autruche. Les gens de Quebecor se retirent parce qu'ils ne veulent rien savoir d'une réglementation du contenu diffusé sur Internet. Les stations de radio traditionnelles sont soumises à des quotas de diffusion de musique francophone et canadienne, mais Quebecor - qui, ne l'oublions pas, est aussi un fournisseur d'accès Internet par sa filiale Vidéotron - souhaite que la révolution numérique se fasse en toute liberté.
Quebecor n'est pas toute seule à rêver d'un univers déréglementé; on peut penser que les radios commerciales, qui diffusent aussi sur le Net désormais, aimeraient bien se débarrasser des contraintes. Mais pour le moment, les adeptes du libéralisme continuent de négocier afin de trouver des solutions acceptables pour l'ensemble de l'industrie, pour la culture québécoise, pour les artistes de chez nous.
Négocier. Un mot qui est en train de disparaître du lexique de Quebecor. En 2007, l'empire avait cessé ses versements au Fonds canadien de la télévision parce qu'il voulait à la place investir dans un fonds privé, dont Radio-Canada disait qu'il ne servirait que les intérêts de Quebecor. Le CRTC et la ministre du Patrimoine canadien avaient rappelé le géant à l'ordre : s'il ne payait pas son dû, son projet de fonds privé ne serait pas entendu.
Déjà là, le modus operandi du géant était bien en place : vous refusez de m'accorder ce que je veux? Je fais cavalier seul.
Les employés de Quebecor refusent d'accepter toutes les demandes patronales à l'heure de conclure un nouveau contrat de travail? Un lock-out est décrété. Les employés du Journal de Montréal et du Réveil à Saguenay subissent la chose actuellement. Avant, il y a eu ceux du Journal de Québec, pendant 14 longs mois, et puis ceux de Vidéotron, et encore ceux d'une dizaine d'autres filiales de Quebecor depuis 1994.
Pierre-Karl Péladeau veut maintenant acheter le Canadien de Montréal pour devenir un géant des sports en même temps qu'un géant des arts. Car le Canadien, ça vient avec le Centre Bell et le Groupe Gillett, gros producteur de spectacles. Wow! Pour créer des vedettes, tu ne peux pas rêver mieux : un réseau de médias écrits, une grosse télé, la câblodistribution, les magasins de disques, la salle de spectacles, les productions, la maison de disques, sans compter les maisons d'édition (le groupe Librex).
Quebecor ne serait plus un géant, mais une planète en soi. Monstrueuse. Une planète si puissante qu'elle pourrait toujours menacer de faire cavalier seul pour imposer sa loi. Une planète sur laquelle l'artiste sera condamné à lécher les bottes de l'empereur sous peine d'être banni du royaume. Une planète sur laquelle le journaliste, réduit à la complaisance, devra (encore davantage) servir les intérêts économiques de son maître. Une planète sur laquelle le citoyen sera dépossédé de l'intérêt public, de la diversité des voix, d'une partie de la démocratie. Une planète sur laquelle le citoyen ne sera plus qu'un client. Et le politicien, une sorte de valet de l'empereur.
Y a-t-il d'autres moyens que d'aller voir les étoiles avec Guy Laliberté pour échapper à cet horrible scénario?











