Selon Billboard.biz, la grille de prix, qui concernera les albums simples à compter du deuxième quart de l'année 2010, va comme suit : 10 $, 9 $, 8 $, 7 $ et 6 $. Diable! Si, comme moi, vous avez déjà commandé à votre disquaire des importations à 38 $ le CD, il y a de quoi s'étouffer. Dix piastres, c'est moins que ce qu'il en coûtait pour les bons vieux vinyles de ma jeunesse, au milieu de la décennie 80, avant que le compact ne s'impose au prix abusif de 25 $. Après tant d'années à s'être fait faire les poches, ç'a des allures de victoire pour le consommateur. Désormais, le CD vaut tellement rien que les compagnies d'assurance ont ajusté leurs montants, si jamais vous faites une réclamation...
Ce n'est pas un secret, l'industrie du disque est en restructuration majeure. Le hic, c'est que même en plein naufrage, les têtes dirigeantes des majors s'entêtent à rester sur leurs positions. On s'en souviendra, c'est cette impossibilité à en arriver à un accord avec les mauvais garçons de Napster, en 2000, qui a provoqué le déclin des labels et a permis l'ascension d'iTunes.
Quelques chiffres. En 2000, on dénombrait 706,3 millions de CD vendus. En 2008, alors que les ventes chutaient de 19,7 % par rapport à l'année précédente, le nombre d'exemplaires écoulés était passé à 360,6 millions. Ouch! Universal Musical Group a été la première étiquette à baisser ses prix, en 2003, pour tenter d'endiguer la dégringolade. Les autres compagnies n'ont suivi que quelques années plus tard. Cette fois encore, selon Billboard.biz, il semblerait que les Sony, EMI et autres Warner maugréeraient devant la décision de leur concurrent. Or cette offensive, bien qu'elle abaisse la marge de profit à 25 %, permettra au support physique de rivaliser de façon sérieuse avec le format numérique : pour le même montant que vous payez sur iTunes, vous aurez à la fois un objet digne d'intérêt et une meilleure qualité sonore. Tentant, non?
Vous me direz que bien des consommateurs ont changé leurs habitudes en acquérant un iPod. Vrai. Néanmoins, un projet-pilote impliquant toutes les multinationales et une foule d'étiquettes indépendantes vient d'être mené aux États-Unis. Une centaine de magasins ont vendu leurs CD à 9,99 $. Résultat? Une hausse de 100 % des ventes.
Si les heures du CD semblent comptées, il reste qu'avec un peu d'audace et d'imagination, sa vie - ou son agonie, c'est selon - peut être prolongée. Il faut dire que bien des artistes demeurent attachés au concept de l'album - c'est-à-dire d'une série de chansons qui forment un tout cohérent -, ce qu'un disque rendra toujours mieux qu'une série de fichiers numériques. Pas étonnant que Pink Floyd se soit battu au cours des dernières semaines - et ait gagné - pour ne pas qu'EMI vende ses pièces en ligne à l'unité, hors de leur contexte.
Tous ces bouleversements soulèvent de grandes questions à l'échelle provinciale : si les multinationales abaissent leurs prix, comment les labels québécois se comporteront? Quand on sait que le coût des nouveautés d'ici tourne autour de 15 $ et que celui des titres plus anciens avoisine 19 $, il y a de quoi se demander si, d'une part, nos maisons de disques sauront survivre et, d'autre part, si nos artistes ne seront pas pénalisés, puisque leurs enregistrements deviendront forcément moins compétitifs sur les tablettes devant ceux des majors, à bas prix. On s'en doute, il viendra un temps où la qualité de la musique et la bonne volonté des fans convaincus ne suffiront plus à faire mousser les ventes des disques d'ici. Alors, à quand une offensive québécoise frondeuse et originale, qui vienne secouer les règles trop bien établies de l'industrie musicale? Ça s'impose.










