1- No Line on the Horizon
Une rythmique pompeuse et linéaire, comme un train ayant atteint sa vitesse de croisière. Au-dessus, la voix de Bono sort de ses ornières habituelles, flirtant tantôt avec un registre grave, tantôt avec un inhabituel falsetto, qui fait l'effet d'une dentelle autour d'une construction bien carrée. Le tout livré avec une grande liberté, dans un abandon frôlant l'euphorie, par l'homme aux lunettes. Quelques intonations vont jusqu'à rappeler un autre collaborateur d'Eno, Peter Gabriel... Un hasard?
2- Magnificient
Une entrée en matière intrigante, avec son dialogue entre grosse caisse, guitare électrique, percussions et claviers, mais trompeuse, parce qu'elle débouche sur une piste rock assez traditionnelle pour U2. À la performance vocale sans fla-fla de Bono se juxtaposent des guitares obstinées et une basse fluide et sans répit. Un véritable classique.
3- Moment of Surrender
Un groove bien appuyé, de subtils échantillons (notamment de clapping), une guitare sporadique et un orgue discret constituent les fondations de cette pièce au tempo moyen, une pièce ambiante et mélancolique, où Bono expose ses tripes à l'auditeur. Au refrain, des harmonies vocales denses ramènent aux influences gospel du groupe.
4- Unknown Caller
L'aube telle que vue par U2. Le réveil de la nature, avec son vivier sonore - échantillons, guitares, cornemuse, basse, cymbale - annonçant l'arrivée de l'astre lumineux. «Sunshine, Sunshine», chante Bono, tout en haut de son registre, avant le coup d'envoi initial, suivi d'un concert de voix inattendu débouchant sur un refrain alternant entre chant syncopé et envolées vocales. La pièce se conclut sur un solo de guitare tout en simplicité.
5- I'll Go Crazy If I Don't Go Crazy Tonight
Un autre titre où la basse - bien ronde - donne le ton. Contrairement à Moment of Surrender, il se dégage toutefois de celle-ci un sentiment de pure jubilation. Une guitare cristalline n'est pas étrangère à cette impression. Tout comme une instrumentation incluant un chaleureux violoncelle et de brillants grelots. Pour le reste, la voix de Bono continue ici ses cascades avec une efficacité renouvelée.
6- Get on Your Boots
Le premier extrait et le titre le plus intense de No Line on the Horizon, propulsé vers l'avant par une ligne de basse livrée au pas de course. Une basse qui se met à danser dans son prérefrain avant d'être doublée par une guitare grondeuse et d'aboutir sur un chant rappelant vaguement le Paper Planes de M.I.A. Composition particulièrement intéressante et efficace, elle mélange avec succès des couches de voix, des guitares soumises à différents effets et une rythmique implacable.
7- Stand Up Comedy
Avec son motif rythmique pour le moins groovy, Stand Up Comedy constitue l'un des bons moments de détente de l'album. En plus de la basse, qui rappelle celle de Mysterious Ways (Achtung Baby), la batterie de Mullen s'y révèle pour une rare fois funky. Des influences très seventies ressortent de la piste, tout comme des moments vocaux évoquant, une fois de plus, Peter Gabriel.
8- Fez-Being Born
Probablement la pièce la plus expérimentale de l'album. Débutant avec une introduction noire et inquiétante, dans laquelle est reprise une ligne vocale de Get on Your Boots, elle se développe ensuite en une pièce au tempo moyen, dont la base rythmique rappelle davantage Depeche Mode que U2. Titre de contrastes qui combine la batterie toujours militaire de Mullen aux claviers et échantillons d'Eno. Vraisemblablement le fruit d'une collaboration entre les deux musiciens.
9- White As Snow
Un véritable voyage intérieur dont le minimalisme fait l'effet de paysages immaculés de neige. Pensez Lemieux. En contrepartie, Bono et compagnie opposent la chaleur d'une guitare acoustique et d'une électrique baignée d'écho. Quelques touches de claviers, une batterie en retrait et des harmonies vocales reconnaissables entre toutes - celles de Lanois - trahissent l'apport indéniable et les influences country-folk du Québécois.
10- Breathe
Ébullition rythmique trouvant sa résolution dans une guitare mordante et un piano éclatant, en introduction, Breathe se révèle une sorte de valse livrée en deuxième vitesse avec, en surplomb, un titre sous forme de conseil à Bono. Car avec son phrasé expéditif, le couplet de la 10e piste de No Line on the Horizon laisse peu de place à la respiration! Titre enlevant qui, par instants, suggère un Coldplay purement rock.
11- Cedars of Lebanon
Pièce à l'ambiance nocturne, magnifique de sous-entendus, où Bono offre sa version personnelle de Johnny Cash. Si la voix du chanteur ne peut rivaliser en aucun temps avec celle de ce dernier, elle exploite avec succès le registre le plus grave de l'homme à lunettes. Des harmonies vocales tout en falsetto, une caisse claire caressée au balai, une basse dissonante, ainsi qu'une guitare approchée comme un pinceau, appliquant ici et là des touches de couleurs, composent une émouvante fresque musicale. La conclusion d'un captivant voyage sonore.











