Quand on pense à Jonathan Roy, on s'imagine un jeune homme privilégié, confiant - parfois trop - et impulsif. «Tout le portrait de son père», diront certains, se rappelant le tempérament bouillant du paternel.
S'il admet que les hommes de la famille ont du caractère, le fils aîné de Patrick Roy affirme que ce caractère se manifeste surtout sur la glace et que, par conséquent, il serait hâtif de le juger à partir de ce qu'il démontre dans le feu de l'action.
«C'est sûr que sur la patinoire, je suis un petit peu baveux. Je suis intense et compétitif. Mais en dehors, c'est autre chose. (...) Quand je vais sur une patinoire, c'est pour gagner. En musique, c'est pareil. Je vais là pour gagner tous les gens. Les deux affaires se ressemblent.»
La méthode pour y parvenir, elle, n'a toutefois rien en commun. À l'écoute de What I've Become, un album enregistré dans les studios de l'Impérial en compagnie du réalisateur Richard Samson, on s'étonne de découvrir des mélodies agréables ? assurément le travail d'une âme sensible - et des textes sous forme de confidences, qui pousseront certains auditeurs à lire entre les lignes.
Fils du coach
Il est vrai que, depuis son arrivée à Québec, Jonathan Roy vit sous un microscope. Difficile de se cacher sous une roche quand on fait partie d'une des familles les plus médiatisées de la capitale, quand son père est une légende du hockey et qu'il dirige la formation dans laquelle on garde les buts, la position qu'il a changée à jamais. Très vite, on se fait une mission d'essayer de prouver sa valeur à son entraîneur, à son père, à ses coéquipiers, aux partisans et aux médias.
S'il n'a jamais reculé devant ce défi, c'est parce que Jonathan a toujours été conscient de sa chance. «Être gardien de but avec les Remparts de Québec, c'est quelque chose. Tu te retrouves là , devant 15 000 personnes. C'est sûr que si tu laisses passer un creton, tu te le fais dire. Ensuite, tu écoutes Info800 et tu te fais arracher la tête. Alors c'est sûr que tu veux montrer que tu es capable.»
Au point de ne pas toujours bien réagir devant le filet? De faire à peu près n'importe quoi pour impressionner le coach? De l'échapper, comme on dit dans les vestiaires? «C'est sûr que lorsque tu es le fils du coach, tu veux donner le maximum dans les pratiques pour prouver que tu n'es pas là à cause de ton père. Si ça avait mal été, au moins j'aurais travaillé super fort. Pat ne pouvait pas me dire de m'en aller. L'an passé, j'ai juste joué huit games. Il m'avait prévenu que si l'année d'après je ne jouais pas mieux, je ne reviendrais pas. Je voulais prouver que je pouvais jouer dans cette ligue-là », s'est-il souvenu, ajoutant qu'il aurait adoré gagner une coupe Memorial en compagnie de son père.
Ce rêve-là , le chanteur doit désormais en faire son deuil. Tout comme celui d'une carrière de hockey. «Ça va être difficile parce que j'adore tellement ça! Sauf que lorsque tu atteins la limite de ton potentiel, il faut passer à autre chose. J'ai été chanceux de me trouver une autre passion qui me permette de faire une carrière», a-t-il analysé.
Son propre chemin
D'une certaine manière, Jonathan Roy se voit aussi donner une nouvelle chance, soit celle de tracer un chemin qui sera le sien. Et ce, même si ce choix n'a pas été sans inquiéter ses parents. «Au début, mon père me disait de me concentrer sur le hockey. Il ne voulait pas que je sois blessé, que je m'embarque dans quelque chose où je me faisais ridiculiser. Quand il a vu que j'adorais cela, que ce n'était pas juste un trip de jeune, que je travaillais fort, il s'est mis à me pousser vers ça. Ma mère aussi d'ailleurs.»
Dans ce domaine toutefois, ni ses statistiques en saison régulière ni son nom de famille ne lui permettront de réussir. Peut-être recevra-t-il, oui, plus d'attention qu'un autre nouveau venu... Le temps seul dira si ce sera suffisant pour faire oublier des fras-ques qui lui valent un rendez-vous chez le juge en juillet. Un épisode qu'il regrette aujourd'hui.
«Je me sens de mieux en mieux par rapport à tout ça, mais ç'a été difficile. (...) Je pense que je suis devenu une meilleure personne à cause de ça. Ça m'a fait réaliser tellement de choses qu'aujourd'hui, je suis certain que je ne referais jamais le même geste.»
Jonathan Roy reste néanmoins lucide. Il est conscient d'entamer une carrière musicale avec un certain «bagage». Rien qui ne devrait toutefois résister à son caractère de fonceur. En cela, le chanteur est réellement le fils de son père!
«Je suis très chanceux d'avoir Patrick Roy comme père. Et je vais l'utiliser à mon avantage. Mais comme les autres jeunes, je vais être obligé de faire mes preuves. Ce n'est pas tout le monde qui est invité à faire Tout le monde en parle et je l'apprécie. Je vais faire en sorte de tirer le maximum de l'expérience», a-t-il fait savoir au sujet du célèbre talk-show auquel il participera demain, à la veille de la sortie de son album (mardi).
Jonathan Roy dans ses propres mots
Got to Live without You : «L'année passée, la mère d'un de mes meilleurs chums, qui est comme une deuxième mère pour moi, a perdu son mari. Elle n'avait jamais vécu sans son mari. Cette chanson-là parle de ça. Ç'a été très difficile à écrire. Au début, c'était un peu comme si je me repassais des vidéos de lui dans ma tête...»
Everybody's Been Hurt : «Tout le monde a déjà été trompé une fois dans sa vie. Moi, ça m'est arrivé quand j'étais plus jeune. Cette fille-là était partie avec quelqu'un d'autre. Un jour, elle a voulu revenir, mais moi, je n'étais pas capable.»
Lies : «Cette chanson-là parle d'un homme qui vit une double vie, de quelqu'un qui a une autre famille dans le décor. C'est arrivé à quelqu'un que je connais. Il fréquentait deux femmes différentes en même temps. Il était pris dans ses menteries, qui devenaient de plus en plus grosses. Les deux femmes ont fini par le laisser. Il ne savait plus qui il était après ça.»
Perfect Vacation : «Perfect Vacation parle d'un de mes chums qui est parti en voyage et qui est tombé en amour avec une fille. C'est sûr qu'ils ne se voient plus aujourd'hui, mais la chanson raconte leur histoire de vacances.»
No More Positions : «Ma blonde va être gênée que je raconte ça... Mais celle-là parle des débuts quand on tombe en amour et que tout ce qu'on a en tête, c'est d'être avec la personne tout le temps et de faire l'amour partout!»
Mirror : «C'est une chanson à laquelle j'ai pensé longtemps, que j'ai pris du temps à écrire. C'est sur le suicide même si ça ne paraît pas. Il faut savoir lire à travers les lignes. C'est parce que je connais des gens qui se sont suicidés... Disons que ça parle d'un homme qui se regarde dans le miroir et qu'il n'y a rien qui marche dans sa vie. Je dis que s'il persévère et passe à travers ses problèmes, des bonnes choses vont finir par lui arriver. La toune est heureuse.»
What I've Become : «J'ai un oncle très proche, Jean-Paul Deschênes, qui était l'une de mes idoles quand j'étais jeune. Mon oncle était une personne de famille, qui aurait fait n'importe quoi pour un autre, même s'il avait un côté plus ou moins brillant quand il était jeune... Et puis, il a eu un cancer qu'il a combattu longtemps. Quand il est parti, ç'a changé ma tante Monique. La pièce parle de comment une personne peut changer après le départ d'une autre personne. Elle veut aller le rejoindre, mais doit faire sa vie malgré tout.»
All Because of Me : «C'est une chanson qui parle de mes sentiments face aux événements avec les médias de l'année dernière. Je voulais expliquer mes sentiments, les sentiments d'un jeune de 20 ans face à ce genre de choses.»
Got Me Going On : «Cette chanson-là date d'il y a quelques années, quand je tripais sur Justin Timberlake, qui est un grand artiste, un grand compositeur, de qui j'ai appris beaucoup. La chanson parle d'un party de fin d'année que j'avais fait chez nous... J'avais rencontré une fille à côté de qui je me suis réveillé le lendemain. Un one night stand.»
I Know What You Did : «C'est une chanson que j'ai écrite il y a assez longtemps pour ma mère à la suite du divorce de mes parents. C'est comme si je me mettais à sa place et que je parlais de ce qu'elle ressentait.»
Can't Be Away from You : «Ça, c'est une chanson que j'ai écrite pour ma blonde, qui me chiâlait toujours après parce que j'écrivais sur plein de filles sauf elle! Sa chanson, elle l'adore!»
Imagination : «Imagination, c'est un peu n'importe quoi. Je me suis assis un jour avec un verre de vin, j'étais super relaxe et j'ai écrit sur toutes les questions que je me posais. C'était un peu freestyle. Je me suis laissé aller. »
Confined : «Ça, c'est la toune favorite de mon père. Si on cherche une chanson sur le CD qui est vraiment moi, c'est celle-là . Quand il l'écoute, mon père la trouve mystérieuse... [La première fois qu'il l'a écoutée] je ne lui avais pas dit que ça parlait de moi. Tout ce que je lui avais dit, c'est ?Écoute et tu vas comprendre?. Je suis allé la chercher aussi profondément que je le pouvais...»













