Il ne le dit pas tout de suite au début de l'entrevue, et il en parle seulement parce que la question lui est posée, mais son exil des studios n'est pas étranger à l'image satirique qu'ont faite de lui les Guignols de l'info en France.
«Quand vous êtes pris sous le feu de la dérision, c'est assez violent. C'est difficile d'écrire. C'est une illusion d'optique : on ne vous voit pas comme vous êtes. Et vous avez du mal à vous sentir bien d'être là . Pour arriver à écrire, il faut se sentir bien», explique-t-il, doucement, avec ce regard bleu rempli de tendresse et de bonté.
En 1995, lors de l'élection présidentielle, Yves Duteil a appuyé son ami Jacques Chirac, appui qui a fait de lui la cible des Guignols. Il ne regrette rien et il revendique toujours son amitié avec Chirac, de même que sa liberté de choix par rapport à toute idéologie. Aussi, il envisage son appui comme un geste citoyen plutôt que politique. «Il faut faire une différence entre un rapprochement idéologique et le rapprochement avec un homme, car c'est l'homme que j'ai appuyé. Je n'ai jamais eu la carte d'aucun parti.»
Maire de sa commune parisienne
L'artiste, qui est aussi maire de sa commune parisienne depuis 20 ans, explique ensuite son sentiment que chacun de nous a le devoir de l'engagement citoyen. Il donne en exemple la première élection de George Bush aux États-Unis, qui s'est jouée sur quelques centaines de voix dans un pays immense. Quelques centaines de voix qui ont eu une influence énorme sur le monde, qui ont été déterminantes sur le déclenchement de la guerre en Irak.
«On pèse peut-être une goutte d'eau, mais il y a des moments où c'est la goutte d'eau qui fait bouger le plateau de la balance.»
Yves Duteil espère aujourd'hui que l'image déformée qu'on a faite de lui sera oubliée et que le public pourra percevoir à nouveau sa vraie nature.
Grâce à sa femme Noëlle
C'est sa femme Noëlle, avec qui il partage sa vie et sa carrière depuis 36 ans (elle est sa gérante), qui lui a fait retrouver le chemin de l'inspiration et du désir de créer. L'artiste a eu envie de sortir de ses schémas habituels, il a exploré d'autres couleurs musicales, en travaillant avec de nouveaux collaborateurs pour les musiques; Véronique Samson et Art Mengo, notamment.
«Avant, je travaillais en solitaire et j'en souffrais un peu. Je n'ai jamais trouvé un Voulzy comme Alain Souchon a pu le faire, mais j'en ai trouvé plusieurs cette fois. Et j'ai été heureux en studio. Avant, j'avais perdu ce bonheur, c'était plutôt devenu de la peur», explique Duteil, heureux d'avoir oublié les perches et les murs pour s'abandonner à un climat de confiance et d'interprétation.
Presque toutes ses nouvelles chansons sont dédiées à quelqu'un. À sa femme, à sa fille, à son petit-fils, à Shivan et Valid, deux petits orphelins adoptés par un membre de sa famille après le tsunami. Terre humaine, il dit l'avoir écrite en pensant à George Bush comme destinataire. Il songe à toutes les chansons de son répertoire et croit qu'il écrit toujours pour quelqu'un. Prendre un enfant par la main était pour sa fille, La langue de chez nous était pour Félix Leclerc.
De cette chanson, Duteil dit qu'elle lui a ouvert un monde.
«J'ai pris conscience avec elle qu'on pouvait être fédérateur avec une chanson. Elle en a généré d'autres sur le Tibet ou le mur de Berlin, mais sans arrêter d'écrire des chansons d'amour. C'est une palette qui s'élargit.»
Yves Duteil a fait le voyage au Québec pour accompagner son album et il souhaite le refaire l'an prochain, cette fois pour rencontrer le public d'ici à la scène.











