On peut lui demander quel est son style, mais la chanteuse de Québec ne se pose même plus la question. «Je fais dans la chanson. Francis Cabrel, Daniel Bélanger, Richard Séguin, j'écoutais beaucoup de musique francophone au départ. C'est plus tard que j'ai découvert le jazz, avec mes études en musique, explique-t-elle. J'ai décidé de marier les deux, mais ça s'est fait spontanément. Les magasins de disques me classent dans le jazz, mais les puristes du jazz disent que ça n'en est pas. Moi, je dis que je fais du Annie Poulain avec ma couleur à moi.»
La même équipe est de retour pour le deuxième opus : le coréalisateur Yves Drolet, des studios Sismique, Simon Lévesque à la contrebasse, Raynald Drouin aux percussions et Vincent Gagnon au piano. Annie Poulain a aussi invité des amis de Québec, le groupe Pho Trio, pour sa reprise de Couleur café de Serge Gainsbourg. «Mes musiciens sont très présents dans ma musique, j'aime qu'ils apportent leur couleur à eux», raconte-t-elle.
La chanteuse de Québec reprend la même formule que pour son premier album, Jazzons Québec. Quelques reprises, comme Foule sentimentale d'Alain Souchon et Les temps fous de Daniel Bélanger, mais surtout des compositions originales.
Le tout en français, sauf une pièce en créole, rapportée d'Haïti, qui parle d'espoir. «On l'a faite en spectacle et les gens l'aimaient beaucoup, alors on l'a insérée sur l'album, explique Annie Poulain. Je ne la chante pas comme les autres. Elle est plus primitive.»
Dans ses compositions, elle se laisse vraiment aller, en toute franchise. Elle y parle beaucoup de son dernier amour, qui lui a fait porter le nom de «maîtresse» durant trois ans. «Il n'y a pas beaucoup de chansons qui parlent de ça. Je pense qu'il faut en parler parce que ça arrive fréquemment. Je me sens à l'aise, à 33 ans, de dire que ça m'est arrivé», explique-t-elle.
La chanteuse de jazz montre aussi un côté très spirituel. Son père était un ministre d'évangile baptiste, un preacher, mais Annie Poulain raconte s'être plutôt détachée de cette éducation. Pourtant, elle a toujours senti une certaine connexion avec Dieu, qui lui a inspiré la chanson P.S. De moi à Toi. La pièce s'est ajoutée au CD à la dernière minute et elle est plus folk, souligne la chanteuse. «J'ai besoin d'écrire des mélodies simples qui viennent du coeur sans nécessairement penser à les jazzer», affirme-t-elle.
Québec... et la France
Annie Poulain est établie à Québec depuis 14 ans et ne se verrait pas habiter à Montréal, comme de nombreux artistes dans son domaine qui s'exilent. Par contre, la France est dans sa mire... Elle aimerait bien faire connaître sa musique en Europe.
Si elle se réjouit de l'appui des radios communautaires et de la chaîne Espace Musique de Radio-Canada, qui font tourner ses chansons, elle croit qu'il y a de la place pour son style dans les radios commerciales. «Si Diana Krall passe à la radio commerciale, pourquoi pas moi?», pense-t-elle.
Un autre projet qui lui tient à coeur, c'est la scène musicale de Québec. Elle est présidente de l'Association des professionnels en musique de la grande région de Québec, qui vise à rassembler tous les intervenants de la scène musicale de Québec pour créer un réseau de ressources.
Annie Poulain jazzera ses chansons lors d'un spectacle le 5 juillet, au kiosque Edwin-Bélanger sur les plaines d'Abraham.












