Un toi dans ma tête, le nouveau disque qu'il lance mercredi à Montréal, est le plus personnel de son parcours, amorcé avec Amère America en 1988. C'est un disque d'amours échouées, perdues, amères, désespérées, attristées. Des chansons qui s'adressent à des coeurs envolés et qui pourraient porter le nom de toutes nos blessures amoureuses.
«Ce n'est pas la première fois que je me nourris à mon vécu pour écrire mes chansons, mais c'est la première fois que c'est aussi intense», explique l'artiste, joint au téléphone quelques jours avant le lancement.
«Je suis quelqu'un d'assez pudique en général, mais ce disque a été libérateur. En fait, c'est un album qui est branché sur moi plus qu'il ne parle de moi. Je ne me suis pas positionné autrement qu'en moi-même.»
La nuance entre parler de soi et être branché sur soi est importante. Que personne n'imagine que Luc De Larochellière s'est perdu dans une démarche narcissique. Il a plutôt sublimé la douleur, pour en tirer la beauté de l'art. Il a reconnu l'humanité dans ses chagrins, qui sont aussi ceux des autres. D'ailleurs, avant de décider des 10 chansons qui font Un toi dans ma tête, il en a fait écouter bien d'autres à son entourage.
«Celles qui étaient les plus branchées sur moi étaient celles qui rejoignaient le plus les gens. Il doit y avoir beaucoup de dénominateurs communs dans les idées et les moments exprimés.»
Jusqu'ici, Luc De Larochellière avait toujours composé ses musiques avant d'écrire les paroles de ses chansons. Et le ton de la musique l'amenait souvent à sortir de lui, à adopter un point de vue extérieur.
«Pour la première fois, les textes sont venus avant. Je le voulais comme ça, au lieu de composer des musiques et de voir ce que je pouvais écrire dessus. Donc, il n'y a pas de filtre entre les mots et moi. Étrangement, il y a sur ce disque beaucoup de chansons plus mélodiques que ce que j'avais composé les dernières années.»
Ces mélodies sont habillées soigneusement de magnifiques arrangements de cordes, signés Anthony Rozankovic, et du piano moderne et généreux de François Lafontaine (Karkwa). On les écoute en se disant que c'est un retour à l'état de grâce pour Luc De Larochellière, dont le talent a explosé à la fin des années 80. Après le succès de ses deux premiers albums (Amère America et Sauvez mon âme) jusqu'en France, l'artiste a connu des lendemains plus difficiles. Son dernier disque de compositions originales, Quelque chose d'animal (2004), était empreint de cynisme. Et voilà qu'entre la lumière, là où la tristesse a fait son lit.
Luc De Larochellière se dit content d'être allé chercher «une espèce de vérité» dans son écriture et ses interprétations, de même qu'une cohésion dans le son de l'album. Et il le dit en donnant l'impression que c'est la première fois de sa carrière.
«En fait, dans certaines chansons avant, oui, j'avais touché un niveau de vérité. Oui, il y a eu des moments de grâce avant. Mais là, j'ai atteint une forme d'abandon dans l'ensemble de l'album. Ça demande de l'entraînement. Le plus dur n'est pas de se forcer à écrire, mais de laisser passer ce qui est là», constate-t-il.
Il y a toutes sortes de raisons de résister à l'abandon, mais pour Luc De Larochellière, cela se résume peut-être à l'ego.
«Ce qui gêne l'abandon, c'est la pudeur. C'est se déplacer dans le regard des autres plutôt que de rester en soi-même. C'est l'ego, une projection de soi que l'on crée pour le regard des autres. J'ai essayé de m'éloigner de ça en écrivant et en interprétant.»
Comme jusqu'ici les gens se disent touchés par les nouvelles chansons, l'artiste sent clairement la voie à suivre désormais.
«Au niveau du procédé! Parce que si mon prochain disque est bourré de peines d'amour, ça voudra dire que ça ne marche pas trop mon affaire et j'espère ne pas en arriver là!» lance-t-il en riant un tout petit peu.
Lisez la critique de l'album samedi dans Le Soleil.












