«Je me suis adouci, oui. Sûrement qu'il y a l'âge...» constate-t-il, songeur, avant d'ajouter que son plaisir rock'n'roll, il le vit sur scène avec les Porn Flakes depuis six ans. C'est donc son côté intimiste qui prend le pas.
«Mon côté rock va revenir, mais là, je n'en sentais pas le besoin. Je n'avais pas de tounes rebelles. Pour l'album anglais non plus d'ailleurs.»
Deux ans après Fangless Wolf Facing Winter, chanté dans la langue de son enfance, Kevin Parent renoue avec la langue qui l'a mené au succès. Ses nouvelles chansons en français sont les premières en huit ans. Une longue pause qui risquait de l'éloigner de ses fans, tout comme sa nouvelle douceur, qui contraste avec Boomerang ou Maudite jalousie.
«T'as moins de monde [quand tu t'adoucis], t'es moins populaire, tes chansons sont moins des bouées de sauvetage pour ceux qui en ont besoin. Je pense que tu plais à plus de personnes quand tu es dans la jeunesse, la rage et le désespoir», dit-il sans s'inquiéter du sort que le public réservera à son nouvel album.
Pigeon d'argile et Grand parleur, petit faiseur, les deux premiers disques de Kevin Parent, ont connu un succès phénoménal : 375 000 exemplaires vendus pour le premier, 350 000 pour le second. Le chanteur gaspésien parle du succès au passé, content de l'avoir touché, mais apparemment indifférent à l'idée qu'il puisse ne plus jamais être aussi fort. Il sait qu'il n'est plus la «saveur du mois», il ne cherche pas à l'être non plus.
«Si des gens comme Zachary Richard, Jean-Pierre Ferland ou Armand Vaillancourt ont envie de continuer, qui je suis, moi, pour arrêter? Ce n'est pas parce que je ne suis plus la saveur du mois qu'il faut que j'arrête de créer. Et l'image que les gens ont de toi, il faut s'en détacher et faire son chemin.»
Appel au Seigneur
Kevin Parent a beau s'être libéré d'une certaine rage, il n'est pas toujours si loin de Seigneur, sa chanson-prière, appel à l'aide d'un désespéré, dans laquelle plusieurs d'entre nous nous étions reconnus. Dans Rage de vivre, il fait encore appel au Seigneur pour qu'il l'aide à comprendre ses «gestes si bas» et lui indique la voie.
«Je fais toujours appel au Seigneur dans la vie. Pas dans le dogme ni dans la naïveté de croire à la Bible, mais je trouve excessivement prétentieux que l'homme soit dépourvu de croyances et de reconnaissance envers la nature. J'adore la théorie de Darwin, je crois plus à la science, mais j'aime dire merci à celui qui est en haut.»
Quand il parle de spiritualité, Kevin Parent s'anime. C'est comme son côté soleil, un vent d'espoir, sa manière de traverser les moments difficiles.
«J'ai perdu beaucoup d'amis, très jeune, j'ai vu la mort et la souffrance de près. Ça m'a allumé : il faut faire quelque chose de notre vie. Sinon, aller dans le trafic le matin pour recevoir son chèque de paie à la fin de la semaine et aller s'acheter du stock après, ça sert à quoi? Si t'as pas de respect pour la vie, ça sert à quoi de vivre?»
Kevin Parent semble regarder toujours plus haut que lui. Vers le Seigneur, vers la nature, vers l'art de ceux qu'il estime et qui ont plus d'expérience que lui. Mais après un moment à parler de ces sujets plus profonds, il se trouve un peu lourd et redirige l'entrevue vers des contours plus légers. Car il aime bien rire. Et sa chanson Cachemire est un beau prétexte pour s'amuser. Elle s'écoute comme une grande chanson d'amour, qui donne envie d'être la douceur et la noblesse du cachemire sous les doigts et dans la vie d'un homme. Jusqu'à ce que Kevin Parent chante le mot qui tue : chienne! Cachemire est une chienne!
«Jamil m'a dit que je ne pouvais pas appeler la chanson Cachemire puisque c'est le nom d'un papier à cul et Jean-Pierre Ferland me disait qu'il fallait plutôt l'appeler Isabelle ou Nathalie ou n'importe quel nom de femme. Moi, je voulais que ce soit le nom de ma chienne!»
Kevin Parent parle de sa petite bête comme sa stabilité affective depuis six ans. Un animal, à cause de ses besoins primaires, dit-il, ramène à l'essentiel et aide à dédramatiser bien des situations.
Imagine-t-il à quel point des femmes seront déçues de l'entendre chanter l'amour d'une chienne plutôt que d'une amoureuse?
«Ce ne sera pas la première fois que les femmes seront déçues!» lance-t-il en riant.
On l'aura compris, le Kevin Parent d'aujourd'hui n'a pas envie de tout prendre au sérieux, surtout pas de SE prendre au sérieux. Tant pis pour l'ego!
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FOLK
Éponyme
KEVIN PARENT
On a connu Kevin Parent dans une sorte de rage et d'amertume éclairées de soleil. On le retrouve, huit ans après ses dernières compositions en français, plus doux, plus apaisé. En regard de la création, ce n'est ni un défaut ni une qualité, seulement un constat. Ce qui apparaît toutefois comme un manque dans plusieurs des nouvelles chansons, c'est l'élan mélodique, plus faible. Les émotions fortes poussent probablement vers des reliefs plus accentués et c'est peut-être là que l'apaisement joue des tours au compositeur, qui n'est jamais meilleur sur ce disque qu'en chantant Provocateur, chanson de colère qui réveille et qui touche. Rage de vivre et Cachemire se démarquent aussi. Mais peu de chansons parviennent à s'imprégner en nous.











