The Box sur les traces de Maupassant? Soit. Mais est-ce que ça veut dire que la formation jadis anglophone deviendrait francophone? Eh ben oui. Mieux que ça : Pisapia voulait être si fidèle à l'oeuvre de l'écrivain qu'il a opté pour la langue de l'époque, usage du passé simple compris.
«Je savais que je ferais débander ben du monde en chantant en français, mais ma femme s'est rapidement habituée et mes filles me disent qu'elles sont plus proches de ça que des Closer Together et compagnie que je faisais à l'époque. Je me suis dit que ce qu'il ne fallait pas perdre de vue, c'est la sincérité.»
Pisapia a découvert Le Horla durant ses années de lycée. La nouvelle de l'auteur, écrite au XIXe siècle, l'a passionné et en est venue à l'habiter par son caractère indémodable. Tellement que cette histoire, où le narrateur perd peu à peu la raison à cause de la présence d'un être surnaturel invisible, le Horla, lui est apparue propice à une adaptation dans un cadre musical moderne.
«C'était très proche de moi, car je suis politisé - sinon en public, du moins en privé - et le commentaire politique est très fort. [...] Le Horla vient déclasser l'humain, car l'homme est tellement stupide que tout être qui lui sera un peu supérieur prendra sa place. Maupassant était très déçu par la société»...
Pisapia et ses partenaires ont travaillé près de trois ans à donner forme au Horla. Mais en fait, le projet habitait le leader depuis plus longtemps. Bien avant que The Box ne fasse sa marque dans le paysage culturel, le groupe expérimentait dans un registre voisin du progressif, à la fin des années 70. Le chanteur ne le cache pas : il avait toujours été frustré de ne pas avoir mis cette esthétique de l'avant.
«On n'invente rien; Alan Parsons avait fait un peu la même chose avec Edgar Allan Poe. Je savais donc que c'était un projet faisable. [...] À un moment donné, tu matures et t'es tanné des prérogatives commerciales. T'as le goût de faire quelque chose qui te plaise de A à Z.»
Lente renaissance
C'est il y a cinq ans, après avoir passé une quinzaine d'années à écrire des musiques destinées à des publicités et à faire des voix hors champ, que Jean-Marc Pisapia a remis The Box en route. La renaissance a été lente, notamment en raison d'une mauvaise expérience avec une maison de disques, or, il tenait mordicus à renouer avec les planches et il a pris les moyens pour le faire. Qu'on se le dise, la mouture 2009 a peu à voir avec le band qu'on a connu naguère. D'abord, aucun des membres qui jouaient aux côtés de Pisapia, dans le temps, ne sont présents - en revanche, la nouvelle équipe est celle qui le suit depuis le second souffle du groupe. Sur scène, le côté schizophrénique de la formation, partagée entre longues envolées planantes et airs pop risque-t-il d'effrayer le public? Le leader est persuadé que non.
«On sait que la raison pour laquelle les gens viennent voir The Box, c'est les vieilles tounes. Mais quand tu viens mélanger ça avec des tounes plus sombres, comme les nouvelles, ça ne marche pas. C'est pourquoi on fait d'abord le nouveau matériel, un condensé du Horla, puis on joue les vieux hits. On l'explique au monde et ils embarquent.»











