Vigneault: père et fille

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Valérie Lesage
Le Soleil

(Québec) Dimanche dernier, c'était la première fois que Gilles Vigneault enregistrait une chanson avec sa fille Jessica. Elle avait déjà chanté sur des livres-disques écrits par lui, mais leurs voix ne s'étaient pas croisées autrement qu'un soir sur la Côte-Nord, à l'occasion d'un spectacle, et peut-être une autre fois quand Jessica avait 12 ans.

Le père a toujours aimé entendre sa fille jouer du piano, la fille a aimé voir son père composer - «mais peut-être pas m'entendre chanter!» blague-t-il.

«Je suis plutôt soumis et respectueux parce que c'est elle qui connaît le mieux la musique. Elle a des moyens que je n'ai pas; et pour composer, et pour exécuter. On connaît ça chacun de son côté. J'ai plus d'expérience dans l'écriture, elle a plus de connaissances dans l'exécution et la composition.»

En ce moment, le père et la fille travaillent sur un livre-disque, Léo et les presqu'îles, dont le lancement est prévu à l'automne. Il a écrit le conte et les paroles des chansons, elle compose la musique. Et puis dimanche dernier, Jessica est venue enregistrer J'ai mal à la Terre.

«Je suis persuadé que j'aurai eu moins de surprises avec Jean-Pierre que je n'en aurai avec Jessica», disait le père au début de l'enregistrement.

«C'est probablement plus facile de travailler tout de go avec un étranger que de travailler avec son enfant, dont on apprend sur place qu'il est aussi étranger à soi-même que celui qu'on ne connaît pas. Ce que l'on sait de la personne ne nous aide pas du tout à saisir ce que l'on devrait savoir de l'artiste. Alors, c'est une expérience nouvelle.»

Statut légendaire

L'empathie naturelle qui lie un père et son enfant ne tient pas nécessairement de l'artistique, précise Gilles Vigneault, qui remarque la difficulté de saisir les nuances de la sensibilité artistique de sa fille musicienne et chanteuse. Ce qui est vrai sans doute aussi de ses autres enfants artistes; François, le poète, et Guillaume, le romancier. Jeunes artistes qui doivent s'affirmer à côté d'un père dont le statut chez nous tient presque de la légende.

«J'ai appris que, même sans le vouloir, ça pouvait arriver que je sois intimidant pour mes enfants. Je suis très exigeant. Certainement pas assez envers moi-même, ce dont je ne me méfie pas suffisamment, mais exigeant envers les autres.»

Cette exigence de la création, chez Vigneault, est celle des sportifs : viser au-dessus de la barre.

«Il ne faut pas se décourager parce qu'on n'a pas la médaille d'or; l'argent ou le bronze, c'est énorme. Mais il faut viser l'or ou le platine. Et à travers tout ça, il faut rester soi-même. C'est la grande exigence : arriver à traduire ce que l'on est en or.»

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