Selon Peter Gabriel, le titre de Scratch my Back serait davantage complet si on y ajoutait «and I'll scratch yours».
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Peter Gabriel le dit lui-même : le titre de Scratch my Back serait davantage complet si on ajoutait «and I'll scratch yours». C'est qu'il y a un concept derrière sa démarche. Pour chaque pièce reprise, qu'elle soit de Talking Heads (Listening Wind), Bon Iver (Flume) ou Neil Young (Philadelphia), un dialogue s'installe avec celui qui l'a conçue à l'origine. Cet échange va bien au-delà des formules de politesse, les artistes «repris» s'engageant à faire leur version d'une chanson de Gabriel. Stephen Merritt, de Magnetic Fields, a ainsi chanté Not One of Us, Paul Simon serait intéressé par Biko et Thom Yorke (Radiohead) aurait un oeil sur Wallflower.
indéniable unité
Quand est venu le temps de donner forme à son idée, Gabriel a tenu à laisser batterie et guitare de côté. Intéressé par le travail du violoniste et compositeur John Metcalfe, il l'a chargé de signer les arrangements orchestraux des titres qu'il a choisis. Du coup, bien que le répertoire sélectionné passe du country-folk au rock expérimental, il se trouve une indéniable unité sur le disque.
Avec le Heroes de Bowie, en ouverture, le ton est donné. Gabriel s'approprie la pièce avec aisance, de cette voix fragile, presque brisée lorsqu'il se fait nuancé, et complètement déchirante lorsqu'il pousse les notes à pleins poumons. Notre homme peut parfois s'éloigner des versions originales, mais sans dénaturer les oeuvres. Sur The Boy in the Bubble, servi sobrement au piano, il a préféré coller à l'intensité et à la réalité dépeinte par le texte de Paul Simon plutôt qu'à la musique. Pari gagné. Autre réussite, My Body Is a Cage d'Arcade Fire est sans doute là où les possibilités de l'orchestre se font le mieux sentir. Cordes et cuivres y vont d'une redoutable montée dramatique, suivie de choeurs angéliques fort appropriés.
À titre d'interprète, Gabriel brille. D'un titre à l'autre, il étonne, trouvant le ton juste, même lorsqu'il expérimente dans les graves sur Street Spirit, de Radiohead. Ses envolées sur Après moi (Regina Spektor), où il glisse quelques mots en russe, sont par ailleurs impressionnantes. Vrai qu'on aurait pris une petite dose d'acidité dans The Book of Love, mais c'est bien tout ce qu'on peut lui reprocher.
Des réserves
Là où les réserves se profilent, c'est du côté du travail de l'orchestre, qu'on aurait souhaité plus inventif. L'abus de longues notes tenues par les cordes pour meubler l'espace finit par être irritant, tout comme la surabondance de lignes aiguës chez les violons, devenant parfois envahissantes au point de faire concurrence aux mélodies du chanteur.
Hormis ces quelques bémols, ce Scratch my Back est une aventure fort intéressante. L'album ne se compare en rien à ces disques de reprises faciles, ficelés rapidement, comme on en trouve trop sur le marché. Ce n'est peut-être pas le successeur de Up qu'on aurait imaginé, mais c'est une oeuvre pertinente, qui vient assurément enrichir la discographie de Peter Gabriel.
***1/2 Peter Gabriel, Scratch my Back, Universal











