Les jolies chansons d'Emmanuelle, ludiques, sensuelles ou mélancoliques, ont été écrites et composées par Keren Ann et Doriand, qui avaient eu pour référence Nancy Sinatra.
«Mon idée de départ, c'était la manière dont elle avait de traiter la féminité. C'était une des premières qui avait un peu de distance, elle se moquait un peu d'elle-même, comme Bardot, par rapport à son personnage. Après, quand on fait de la pop en français, si on réussit bien son coup, ça ressemble un peu à Gainsbourg», nous dit la chanteuse-actrice, rencontrée plus tôt cette semaine.
On l'imagine un peu rebelle, avec un soupçon d'insolence, mais c'est une femme plutôt réservée et un peu nerveuse qui se présente. Ce qui ne l'empêche pas ici et là d'avoir un élan frondeur.
Emmanuelle Seigner a fait ses premiers pas dans la chanson - convaincants - avec le groupe Ultra Orange, un album en anglais qui se voulait proche de Velvet Underground. L'actrice a eu la piqûre, elle découvrait dans la chanson une liberté que le cinéma ne lui avait jamais offerte.
«Quand je suis chanteuse, je décide de tout : la production, la pochette, les chansons, tout ça. Le produit final m'appartient beaucoup plus. Comme actrice, je suis plus instrumentalisée et j'ai du mal à me soumettre, c'est dans mon caractère. Cela dit, j'adore jouer.»
Pour son deuxième album, l'artiste rêvait de collaborer avec Keren Ann, mais sa maison de disques lui avait dit qu'elle ne travaillait plus que pour elle-même. Comble de chance, Emmanuelle a reçu un jour de Keren Ann et Doriand la chanson Dingue, qu'ils lui proposaient d'interpréter; une admiration mutuelle se dévoilait alors.
«Je leur ai alors proposé de faire tout le disque. Je sentais chez eux le désir et l'inspiration. Je leur ai demandé un album joyeux, avec de l'humour, mais aussi des chansons profondes. C'était comme si je commandais un cadeau à Noël!»
Si on perçoit dans le disque un caractère rétro des années 60, c'est un peu un accident, croit Emmanuelle Seigner.
«Aujourd'hui, les albums sont dépressifs ou agressifs, rarement joyeux. Je n'ai pas essayé de faire un album des années 60, c'est juste l'image que ça renvoie. Moi, je voulais juste que ça donne du plaisir aux gens. Cette notion disparaît, on est dans la revendication ou la déprime. Mais quand le monde va mal, pas la peine d'en rajouter une couche...»
Issue positive
La joie de Dingue détonne avec le drame dans lequel la famille Polanski est plongée depuis l'arrestation du cinéaste en Suisse, en septembre, pour une vieille histoire d'agression aux États-Unis. Elle détonne, mais elle a aussi un caractère salvateur.
«L'album devait sortir en octobre, mais on a repoussé la sortie. Et si j'avais en plus fait un album triste, je me serais pendue... J'aurais aimé qu'il sorte dans un autre contexte, mais la vie en a décidé autrement.»
Emmanuelle Seigner croit encore à une issue positive, elle s'accroche à cet espoir. Et si certains voient dans son duo avec Polanski une forme d'insolence, elle assume. Même si ce n'était guère voulu. «Il m'avait donné mon premier rôle au cinéma, c'était naturel qu'il chante avec moi, nous avions besoin d'un acteur. Et l'enlever du disque aurait été avouer une faute que je n'ai pas commise. Je trouve ce duo super drôle, c'est une chanson antimacho. D'habitude, c'est l'homme qui ramasse une fille dans son lit et ne la reconnaît pas le lendemain; là, c'est l'inverse!»
La chanteuse-actrice entend consacrer les prochains mois à la chanson; elle n'a aucun projet au cinéma. Pourquoi d'ailleurs se faire si rare?
«Le fait que je sois la femme de Roman, il y en a beaucoup qui angoissent parce qu'ils s'estiment moins doués que lui - et ils ont raison! Tant mieux, ça m'évite beaucoup de connards. Et puis, je suis très sélective.»
Pour Emmanuelle, il vaut mieux faire des choses belles rarement que de tourner souvent et de tomber dans la médiocrité. Et puis, elle aime bien apprendre la scène, son nouveau terrain de jeu. «À chaque fois, j'apprends plus. Mais même comme actrice, j'apprends. Je crois que je n'ai pas encore fait mon grand truc. Et je ne le ferai peut-être pas... Ça vient ou ça ne vient pas le grand rôle. J'ai fait des choses bien, mais pas encore le grand truc...»











