Les Cowboys Fringants poussés par le vent

Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine, Karl Tremblay et Jérôme Dupras... (La Presse, Olivier Pontbriand)

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Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine, Karl Tremblay et Jérôme Dupras

La Presse, Olivier Pontbriand

 

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Que du vent est le nouvel album des Cowboys Fringants, sorti en début de semaine. Vent de folie et vent de renouveau, mais certainement pas vent d'hiver. Ce dernier opus réchauffe et en fera bouger plus d'un lors de la série de spectacles qui commencera le 10 décembre.

À quelques heures du lancement de ce huitième album de chansons originales (le 11e album si on compte les albums live), les Cowboys se disaient fébriles mais heureux. «On va boire un verre de vin et la soirée va commencer.» À votre santé!

Que du vent a été plus difficile à boucler que l'album précédent, L'expédition (2008). «On n'avait pas de recul après la tournée, on était fatigués», mentionne Jean-François Pauzé, la plume du groupe. Et ils étaient tous très occupés. Sur le blogue du groupe, il mentionne qu'il a dû se battre avec son cerveau pour que les idées reviennent, que Marie-Annick Lépine, chargée du violon et des arrangements, a senti la pression monter alors qu'elle devait arranger 15 chansons en trop peu de temps. Jérôme Dupras (bassiste) finissait une importante tranche de son doctorat en environnement en plus d'enseigner une journée par semaine à l'Université de Montréal, et Karl Tremblay (chant) franchissait une étape majeure d'un jeu vidéo dont il devait faire la critique sur MusiquePlus. «Mais quand c'est fait dans la douleur, on est doublement content!»

Album court

Ça a donné Que du vent, un album concis, 11 chansons seulement. Mais ce n'est pas faute d'avoir travaillé! «On avait pas loin de 20 chansons, explique Jean-François, mais pour les autres albums, avec le recul, on se disait souvent qu'il y en avait deux ou trois de trop. Cette fois-ci, on voulait un album plus festif et précis.» C'est la première fois qu'ils font un album si court, mais «ça dure quand même 40 minutes», pondère-t-il. Les chansons abandonnées ne devraient pas rester orphelines, «on les enregistrera sur un petit disque, ou on les donnera sur Internet».

Quand un groupe a autant d'albums derrière la cravate, il est attendu au tournant par son public et par la critique. «Oui, on est attendu avec une brique et un fanal, mais il y a les fans, les fidèles, ils veulent avoir un disque. On fait de la musique pour faire de la musique, je ne pense pas à tout ça quand j'écris les chansons», dit Jean-François Pauzé.

Musicalement, les quatre amis se sont inspirés de la scène. «On voulait un esprit plus rock, plus party, un album pour faire des shows. Il y a un côté plus rythmique, l'album est plus musclé, avec des guitares électriques et plus d'harmonies et d'arrangements sur les voix... On n'est pas les meilleurs chanteurs, mais ça marche.» Vent nouveau, oui, mais pas de revirement total : «On a toujours eu notre son qui nous est propre. Avec Que du vent, on est dans le même sillage, mais c'est enrobé différemment, nuance J.-F. Pauzé. Les gens vont reconnaître l'essence du groupe.»

Côté texte, les thèmes sont variés : pauvreté, dépression, amour raté, mais aussi fiesta et vedettariat mal placé... «Je m'inspire de nos vies personnelles, de notre entourage, de la société. Mon rôle, c'est de garder l'oeil ouvert, précise Jean-François, qui écrit tous les textes en plus de composer les mélodies. Ça me permet de m'ouvrir au monde et de ne pas parler de moi puisque, de toute façon, je ne chante pas. Et c'est un plus, parce que j'ai vraiment une mauvaise voix.»

Chaque chanson est écrite individuellement, il n'y a pas de concept d'album ou de ligne directrice commune à chaque chanson qui guide Jean-François lorsqu'il noircit ses pages. «Mais le texte de la chanson Que du vent englobait les propos de plusieurs chansons de l'album... La futilité de notre monde, de la vie, avec une bonne touche de positivisme.» Étonnamment, cette chanson n'avait pas été retenue à la base, «on ne l'aimait pas tant que ça». Puis, en la retravaillant, ils l'ont aimée et elle a donné son titre à l'album. Extrait : «Heureusement les enfants/Vont sortir les 'tits bicycles au printemps/pédalant insouciants, nous faisant/Nous oublier un instant.» Un peu comme si les adultes que nous sommes avaient un furieux besoin des enfants pour cesser de «patauger dans nos tourments».

Les tourments... Il en est question de plusieurs dans cet album. Tourments personnels comme tourments de la société. La chanson Shooters ne traite pas d'alcoolisme, mais de la fermeture de l'usine d'Electrolux à L'Assomption. Les Cowboys sont originaires de cette ville et connaissent trop bien les impacts quand 1300 personnes perdent leur emploi. «Les répercussions sociales, économiques, familiales... c'est un drame. On connaît une personne qui a pris ça extrêmement mal.» «Normand qui est ben déprimé/Vient d'voir sa retraite s'envoler/Comme son mariage y a six mois passés/Quand t'as donné trente ans d'ta vie/À une femme et une compagnie/T'as le feeling d'être cocu en esti.» Les shooters, c'est pour boire les idées noires.

Autre chanson, celle intitulée Hasbeen. «Oui c'est vrai qu'on est des vieilles peaux/Mais on va t'donner un bon show/Y a rien qui rocke plus que nous autres d'ins festivaux!» Pourquoi cette chanson? Autodérision? Oui. Un prétexte pour ne plus chanter leur populaire Toune d'automne? Non. «Et pendant qu'on joue Toune d'automne/On fait semblant qu'on a du fun/Kessé qu'on f'rait pas pour le spectac'.» «On s'est un peu projeté dans le temps, soutient Jean-François. Ça pourrait être maintenant comme dans 25 ans. On s'autoproclame des has been, les médias ne pourront plus le faire, c'est un dossier réglé», ajoute-t-il en riant.

Félix

Pourtant, dans ce rire, il y a une pointe d'ironie. Selon Jean-François Pauzé, les médias ont tendance à voir «des tempêtes dans des verres à shooter», en faisant allusion au Félix du groupe de l'année qu'ils ont reçu dernièrement à la suite du vote du public. Les Cowboys Fringants avaient invité le public à ne pas voter pour eux puisque l'année n'a pas été des plus productives pour le groupe, ni en termes de scène, ni en termes d'album. «On s'est même demandé pourquoi on était en nomination. Quand on a fait cette demande au public, sur les réseaux sociaux, on a reçu beaucoup d'appels de journalistes. Il ne devait pas y avoir de grandes nouvelles cette journée-là... Mais on ne peut pas ne pas être flatté», conclut Jean-François.

Que du vent rime bien avec la girouette qui orne la pochette de l'album. Ça rime au sens propre, mais aussi au figuré. Des vents contraires soufflent sur la vie, faisant virevolter les girouettes que nous sommes. «Les girouettes, ce sont aussi ces gens qui s'en vont dans toutes les directions. On court un peu partout, comme des poules sans tête», lance J.-F. Pauzé. Peut-être devrait-on se calmer et garder le cap sur le nord. Extrait : «L'adrénaline en can/Qui t'laisse croire que t'es ben vivant/Que du vent...»

Vous voulez y aller?

QUI : Les Cowboys Fringants

QUAND : le vendredi 30 décembre, à 20h

OÙ : Grand Théâtre de Québec

BILLETS : 34,50 $

Info : 418 643-8131 ou www.billetech.com

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