Bodies... l'exposition: le consentement, une condition essentielle

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Pierre Asselin et Ian Bussières
Le Soleil

(Québec) On ne devrait pas permettre que des corps soient utilisés pour des expositions sans avoir obtenu un consentement, estiment deux éthiciennes qui ont déjà visité des expositions semblables à celle qui sera présentée à l'Espace 400e.

Édith Deleury, présidente de la Commission d'éthique de la science et de la technologie du Québec, n'a pas vu Bodies... l'exposition mais, à son avis, «il n'y a pas un organisateur d'exposition qui ne s'assurera pas que ces personnes-là ont consenti à la plastination de leurs cadavres, et à l'usage qu'on en ferait...»

InternationArt, qui produit l'exposition de Québec, s'en remet plutôt à l'organisateur de cette exposition, Premier Exhibitions, expliquait sa porte-parole, Luci Tremblay.

«Premier Exhibitions nous a donné les garanties suffisantes et nécessaires et nous nous sommes fiés à eux car ce sont des professionnels de l'exposition, une compagnie bien connue et cotée en Bourse. Ils nous disent que les corps qui seront présentés à Québec ont tous été fournis par l'Université chinoise de Dalian et qu'il s'agit de corps non identifiés ou qui ont été donnés à la science», ajoute-t-elle.

Précautions

Lorsque l'exposition Body Worlds de Gunther Von Hagens a été présentée en 2007 à Montréal, le Centre de sciences avait d'abord examiné la certification réalisée auparavant par le California Science Center, et avait en plus créé son propre comité d'éthique pour s'assurer que tout était en règle, indiquait hier au Soleil Michel Groulx, chef de la recherche et du contenu pour le Centre de sciences.

«La question était de savoir si ces corps avaient bel et bien été donnés pour les besoins de l'exposition. C'est un aspect-clé de ce genre d'expositions.»

Mme Deleury estime pour sa part que les organisateurs d'un tel événement doivent prendre les précautions nécessaires à ce sujet. «On ne peut pas décemment présenter une exposition comme celle-là sans avoir eu l'assurance que les personnes aient consenti volontairement à ce qu'on utilise leur cadavre de cette façon. C'est la moindre des choses. On a des règles strictes et un organisme qui passerait outre pour présenter une exposition soulèverait une forte controverse. Sans consentement, on se retrouve devant l'exploitation de cadavres. Il y aurait un problème.»

C'est aussi l'avis de Linda Wright, membre du Centre conjoint de bioéthique de l'Université de Toronto.

«On peut utiliser des corps non réclamés à des fins médicales, dit-elle, mais ici il ne s'agit pas de fins médicales. C'est un usage qui se situe quelque part entre l'éducation et le divertissement. On ne devrait pas tirer profit de l'usage de corps sans connaître leur provenance.»

Régis Olry, professeur en anatomie à l'Université du Québec à Trois-Rivières, a travaillé aux côtés de Von Hagens, en Allemagne, et il pratique ici la plastification d'organes à des fins pédagogiques.

Il a constaté la multiplication des expositions de corps plastifiés : «Il y a plusieurs compagnies qui font ça maintenant parce qu'elles se sont rendu compte qu'il y avait beaucoup d'argent à faire. On ne sait pas grand-chose sur la provenance des corps parce qu'elles font en sorte qu'on ne sache pas grand-chose. Et à la base, en Chine, on ne sait jamais vraiment grand-chose... Il y a un voile qui couvre tout ça.»

D'après lui, la plastification se situe dans une sorte de vide juridique. «Un corps plastiné, ça devient un spécimen anatomique. On ne considère plus ça comme un être humain. C'est un peu la même chose que des os ou un squelette. L'exposition de crânes dans un musée, ça n'a jamais soulevé de polémique.»

Spécimens à vendre

Même s'il est actuellement interdit de vendre des squelettes dans la plupart des pays occidentaux, on peut se procurer un corps plastifié sur un simple clic de souris, dans le site de Corcoran Laboratories (www.cor-labs.com), une entreprise du Michigan qui offre ses corps plastifiés à des clients universitaires.

«Il y a plusieurs pays où on a besoin de ces spécimens plastinés parce qu'on interdit la dissection, observe Régis Olry. Mais je trouverais inacceptable qu'une personne en achète un pour le mettre dans son salon.»

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