Premiers contacts hier entre les représentants des médias et cette exposition très attendue. Le caractère pédagogique de l'ensemble est indéniable. Bodies est une exposition respectueuse du corps humain, mais on s'interroge quand on reconnaît, même sans épiderme, et même parfois sans muscles, les traits asiatiques qui trahissent l'origine chinoise de tous les corps exposés. Et encore plus quand on examine ces foetus à différents stades de développement. D'où proviennent-ils?
«Ça soulève des questions, mais l'information à propos de ces corps est toujours confidentielle», répond Roy Glover, directeur médical pour l'entreprise américaine qui produit l'exposition, Premier Exhibitions.
On voit par exemple le corps d'un homme, en apparence jeune, en position de jouer au basketball. Le Dr Glover connaît-il les causes de son décès? «Je n'en sais rien, dit-il. On ne voit les corps qu'après leur préparation. Nous travaillons là-bas [en Chine] avec un de mes bons amis en qui nous avons pleine confiance et dans le respect des lois. Notre entreprise est cotée en Bourse, on serait mal avisé de présenter une telle exposition sans avoir obtenu les droits légaux.»
Ce genre de garantie satisfait entièrement Daniel Gélinas, qui savait que certains aspects de l'exposition étaient sujets à controverse. «On savait qu'il y avait un peu de controverse autour de l'exposition, mais pas dans le détail. On ne voyait rien qui aurait pu constituer un empêchement légal.»
Selon lui, la création d'un comité d'éthique, comme l'avait fait le Centre des sciences de Montréal, n'aurait servi à rien. «À partir du moment où c'est accepté ailleurs dans le monde, poursuit-il, c'est suffisant pour nous. Le producteur nous garantit que la provenance est légale, qu'est-ce qu'un comité d'éthique pourrait faire de plus?»
Tous Chinois?
Pourquoi les corps utilisés pour l'exposition Bodies proviennent-ils tous de Chine? Parce que ni les Américains ni les Canadiens ne seraient capables de faire des dissections aussi précises que les Chinois, répond encore le Dr Glover.
«Je ne peux pas trouver de dissecteurs aussi compétents et qualifiés au Canada ou aux États-Unis pour faire ce travail. La qualité du travail des Chinois est inégalée à travers le monde», soutient-il.
Il reconnaît néanmoins que cet aspect suscite un questionnement. «Évidemment, si on ne faisait pas affaire avec la Chine, ça serait beaucoup plus facile pour nous de répondre à ces questions.»
Il rappelle que l'anatomiste allemand Gunther Von Hagens, inventeur de la technique, s'approvisionne lui aussi en Chine, où il emploie pas moins de 250 personnes.
«Dans son catalogue, il dit avoir reçu des corps non réclamés d'agences chinoises. Ce n'est pas différent pour nous. Pourquoi est-ce que ça serait légal pour lui et pas pour nous? Si nous agissons dans l'illégalité, alors lui aussi.»
Il faut préciser que pour ses expositions, Von Hagens n'utilise que les corps de personnes qui ont signé le formulaire de consentement. À ce sujet, les visiteurs pourront signer une carte, à la sortie de l'exposition Bodies, pour recevoir plus d'information sur le don d'organes et même le don du corps complet.
L'exposition a jusqu'ici été vue par plus de 11 millions de personnes depuis sa création, et à elle seule, elle a généré plus de 250 millions $ en ventes pour Premier Exhibitions.
Certains États américains ont toutefois commencé à adopter des législations pour interdire l'exposition de restes humains sans formulaires de consentement. La Californie a déjà adopté une loi, tout comme Hawaii, alors que des projets sont à l'étude en Pennsylvanie et dans l'État de Washington. À New York, Bodies est en montre depuis 2005, mais il lui est interdit d'ajouter de nouveaux éléments sans qu'ils soient accompagnés d'un consentement.
Il existe en réalité six expositions Bodies, toutes identiques et créées par Premier Exhibitions. Serge Grimaux est copromoteur de deux d'entre elles, celle qu'on voit à Québec et une autre qui est présentée à Varsovie.
«Le questionnement qu'on entend, je l'ai eu il y a bien longtemps, dit-il. Ça s'est encore présenté à Athènes comme à Varsovie. Ce que je trouve déplorable, c'est que c'est le seul aspect sur lequel on focus, alors que ce qu'on veut faire, c'est de donner la chance aux Québécois de voir ce que d'autres villes ont eu la chance d'avoir.»
Un avant-goût de l'exposition en photos ici












