Un quart de siècle après sa création, cette revue dédiée à l'art actuel s'est attiré un lectorat principalement québécois certes, mais aussi composé d'Européens, d'Américains et d'anglophones du Canada. Un tour de force pour un petit magazine québécois? Peut-être, mais la qualité de ses artisans, qui ont toujours su le pousser plus loin, y est pour beaucoup.
Comme l'explique Sylvette Babin, rédactrice en chef de Esse, le choix de transformer la publication entièrement francophone en une revue bilingue a abaissé bien des frontières. Puis, le travail de représentation qui a été mené en Europe a permis de créer des liens professionnels qui ont ouvert la porte à de nombreuses collaborations avec des auteurs étrangers.
Lame à double tranchant
D'un côté, cette ouverture sur le monde permet à la scène québécoise de rayonner à l'étranger et d'être enrichie des réflexions et du travail d'artistes d'ailleurs. De l'autre, sur le plan du financement, en incluant dans ses pages un contenu un peu trop «étranger», selon certains critères, Esse s'est disqualifié pour l'octroi d'une subvention de Patrimoine canadien. En tout, c'est 25 % de son budget qui s'est envolé cette année! Et ce, sans compter les coupes de fonds aux organismes culturels pour la représentation internationale.
Ainsi, les sources de financement de ces magazines «internationaux» se concentrent autour des programmes de la SODEP (Société de développement des périodiques culturels québécois) et des Conseils des arts et lettres canadien et québécois. Un non-sens quand on pense que ce virage profite énormément à l'épanouissement du patrimoine artistique canadien.
Des artistes voient leur carrière prendre de l'ampleur grâce à la distribution étendue de ces publications et les auteurs dont les textes sont exportés profitent d'une visibilité sans pareil pour s'attirer de nouvelles collaborations avec des rédactions étrangères. N'est-ce pas ça, le rayonnement?
Et n'est-ce pas aussi le rôle de l'État de le supporter? Il serait très coûteux d'offrir les magazines d'une telle qualité avec un si petit tirage sans l'aide gouvernementale. S'ils se détaillent en moyenne 10 $, ils pourraient facilement coûter le double s'il n'y avait de support public.
Ici encore, nous avons la chance d'avoir des magazines de très grande qualité. Il ne faudrait surtout pas tuer ce fantastique créneau. Mais, la pérennité de ces périodiques ne se réalise pas sans effort et au moins un deuil le rappel-le : Parachute n'est plus depuis 2007. Par contre, Ciel variable et Espace ont 22 ans et le magazine Inter art actuel, réalisé à Québec, 31 ans. Bon doyen, Vie des arts compte déjà 53 chandelles, Art le Sabord et Etc ont respectivement 25 et 22 ans.











