La grande dame du textile Micheline Beauchemin est décédée

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L'univers poétique de Micheline Beauchemin, qui a installé... (Photothèque Le Soleil)

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L'univers poétique de Micheline Beauchemin, qui a installé son atelier dès 1966 en bordure du Saint-Laurent à Grondines, traduit et synthétise de manière sensuelle le mouvement de l'air, des marées et des glaces, la brillance des eaux du fleuve.

Photothèque Le Soleil

Nadia Ross
Le Soleil

(Québec) Celle qui avait le secret pour attraper la lumière dans les mailles de ses tapisseries vient de s'éteindre. L'artiste Micheline Beauchemin est décédée à l'aube de ses 79 ans à Grondines, son village d'adoption des 40 dernières années.

Peintre-lissière ou sculpteure visionnaire, Micheline Beauchemin a bien failli disparaître sans que le grand public ne sache rien d'elle. Heureusement, le Musée national des beaux-arts du Québec a eu l'instinct de tenir une rétrospective de son oeuvre cette année, et un ouvrage consacré à sa carrière, écrit par Laurier Lacroix, vient de paraître aux Éditions du Passage. Des prémonitions qui auront assuré que son nom ne sombrerait pas dans l'oubli.

Ceux qui ont déjà visité l'exposition - en cours jusqu'au 11 octobre - s'entendent pour dire que le travail de cette artiste est grandiose, autant dans l'explosion des couleurs, dans la richesse des textures que dans le caractère monumental de ses «toiles» de textile.

C'est que Micheline Beauchemin aimait faire de grandes choses. D'abord attirée par la peinture, le vitrail et la broderie, elle décidera de se lancer dans la confection de rideaux de scène après une sortie au théâtre. C'est la vue de ses immenses étoffes suspendues devant la scène qui lui aurait donné des ailes pour s'envoler vers le Japon, à la recherche du plus grand métier à tisser au monde.

De cette escapade dans les années 60 sont nés un premier rideau pour la Place des Arts, puis celui du Centre national des arts à Ottawa. Les projets d'intégration de l'art à l'architecture se sont ensuite succédé. La bibliothèque Gabrielle-Roy, la salle du Conseil des ministres du Québec, l'aéroport international de Toronto ne sont que quelques-uns des lieux qui ont l'honneur d'être habités de ses oeuvres. D'autres pièces ont même franchi les frontières du pays et se trouvent aujourd'hui à Tokyo et à San Francisco.

Impressionnant corpus

Très prolifique, l'artiste originaire de Longueuil a accumulé un impressionnant corpus composé de rideaux de scène et de tapisseries, certes, mais aussi de tapis muraux, de murailles, de broderies, de murs flexibles, de vitraux, de maquettes, de collages, de jouets, de costumes et d'illustrations. Mais toujours, elle aura travaillé à repousser les limites du tissage en y intégrant à ses alignements de fils de la soie, des perles, des fils de fer.

Somme toute, Micheline Beauchemin a élevé le statut de l'artisanat au rang d'art, lui insufflant d'une part une dose de contemporanéité et de l'autre en l'intégrant à notre urbanité.

Parmi ses oeuvres les plus connues figurent Visage de Mistra (1954), Le mille-pattes (1955), La porte (1970), Totem de pierre (1976), Blanc totem, Oiseau totem (1977), Sombre carapace ailée et Hommage au fleuve Saint-Laurent (1985). On se souvient aussi de L'étoile (1981), présentée à la 10e Biennale internationale de tapisserie à Lausanne, en Suisse. Encore dernièrement, elle soutenait que cette oeuvre ainsi que celle qui est à la bibliothèque Gabrielle-Roy étaient pour elle des oeuvres-phares, des réalisations dont elle était particulièrement fière.

Lors de sa longue carrière, Micheline Beauchemin a reçu plusieurs distinctions, dont le prestigieux prix Paul-Émile-Borduas en 2005 et le Prix du Gouverneur général en arts visuels en 2006. Elle s'est éteinte à 78 ans après près de 60 ans de carrière.

L'exposition Micheline Beauchemin. Fleuve de lumière est présentée au Musée national des beaux-arts du Québec.

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