La récente production de Francine Simonin peut paraître zen... de loin. Le geste propre à la calligraphie japonaise, les teintes terreuses et le blanc du pinceau semblent s'allier pour composer une oeuvre épurée où seul le mouvement du tracé flotte dans l'espace. Pourtant, il y a plus dans les immenses tableaux qui sont actuellement présentés à la galerie Lacerte. Il y a, dans les fonds, les traces d'une autre histoire, une texture qui dévoile un autre tableau qui aurait été recouvert d'une couche de peinture neuve.
D'autres lignes, d'autres dripping ont vécu sur ce canevas. Et aujourd'hui, ces traces donnent un relief au tableau, mais aussi de quoi intriguer le regardeur. «Qu'a choisi de nous cacher Simonin?» Ou «qu'a-t-elle justement choisi de dévoiler?»
Bribes d'un tableau caché
Dans Wall II, c'est à travers un voile gris, parfois crème, qu'é-merge le relief d'un trait fait d'une peinture épaisse. Similaire à celui qui se cache en dessous, un tracé noir, vif et large vibre sur le dessus.
Quant à Orage V, ce sont les craquelures dans les croûtes de peinture qui dévoilent les bribes d'un tableau caché. L'atmosphère de ce tableau est beaucoup plus lourde, comme si la toile était chargée de pluie et prête à éclater. Ainsi, l'image dissimulée est peut-être plus lumineuse, plus paisible. Il est plaisant de se l'imaginer! Mais encore, dans cette immense toile, le geste est prédominant.
Geste de passion
Et c'est un geste de passion que pose Simonin sur ses toiles qu'elle réalise au sol, à l'horizontale. La tâche est très physique, mais la matière semble obéir aux larges mouvements de cette artiste à l'âge vénérable qui pourrait cesser de produire et prendre du repos. Au contraire, Francine Simonin est au sommet de sa maîtrise du médium et peut vraiment s'en servir avec liberté et instinct. Un peu comme un bon musicien peut se permettre de «flirter» avec le free jazz, elle transgresse avec élégance les codes de la peinture.
Ce courant musical fait d'ailleurs partie de l'imaginaire de l'artiste. Après les Free jazz, Simonin rend hommage à l'icône du jazz Nina Simone dans la série Viva Nina. Sur un fond rouge vif dansent des sons, des éclats de rire et des silhouettes d'un noir profond.
Dans l'une des toiles, on distingue un corps arqué, comme s'il chantait. Où devrait se tenir une tête, un éclat de peinture, quel-ques gouttes et surtout l'impression qu'il y a exaltation. Un tableau vibrant, vivant et éclaté.
En fait, c'est toute cette exposition qui est vivante. Comme on le sait, Francine Simonin est une de ces artistes qui donnent leur vie à leur art. Depuis 40 ans, elle poursuit une démarche picturale qui s'exprime en peinture, mais aussi en estampe. Elle a d'ailleurs reçu, en 2004, le prix de la Fondation Monique et Robert Parizeau pour son apport à la gravure québécoise. Âgée de 74 ans, elle travaille dans son atelier de Montréal et ses oeuvres ont été exposées en Suisse, en Espagne, en France, aux États-Unis et un peu partout au Canada.
Francine Simonin - Peintures récentes 2008-2009 est présentée à la galerie Lacerte du 1, côte Dinan à Québec jusqu'au 24 novembre.










