Escape from New Work de Dan Moynihan: mauvaises blagues de bon goût

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Pour l'ouverture de sa saison, l'Oeil de Poisson... (Le Soleil, Jocelyn Bernier)

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Pour l'ouverture de sa saison, l'Oeil de Poisson reçoit trois artistes qui nous font passer d'un universfantastique et humoristique à un imaginaire tiré du cinéma, tout en passant par une réflexion sur l'occupation de l'espace.

Le Soleil, Jocelyn Bernier

Nadia Ross
Le Soleil

(Québec) Ce qui se passe actuellement à l'Oeil de Poisson est de l'ordre de l'expérience surnaturelle. Après avoir franchi une «porte-guillotine», c'est dans un monde fantastique, humoristique et aussi très étrange que nous plonge l'artiste australien Dan Moynihan.

Un immense Groucho Mask est échoué au centre de la pièce, les lettres fruitées d'un semblant de titre de film flottent dans l'espace et enfin un étrange portrait couvert d'un cache-oeil scrute la scène. Bienvenue dans l'univers de Escape from New Work.

Fortement inspirée par l'affiche du film Escape from New York, l'installation de Moynihan joue autant sur les codes visuels de l'oeuvre de science-fiction que sur le sens littéraire du titre. Ainsi, Escape from New Work (échapper au nouveau travail) relate ce désir qu'a l'artiste de disparaître quand vient le moment de dévoiler une nouvelle oeuvre, son angoisse devant la création. «À chaque nouveau projet, l'oeuvre doit être plus impressionnante et l'artiste doit surprendre à chaque fois. Et les attentes deviennent de plus en plus élevées», explique-t-il.

Mais comme Moynihan aime prendre toute cette pression avec un brin d'humour, il préfère l'exprimer par l'autodérision, en faisant de mauvais jeux de mots, par exemple. Devant un public qu'il n'a jamais rencontré, l'angoisse monte. Il voit une imitation de mur de briques dans un magasin, l'achète et en fabrique une guillotine. Avec une pièce de bois issue des forêts canadiennes, il taille une béquille qui soutiendra la fausse lame en position élevée. «La guillotine est une invention française et le bois est canadien, c'est donc une porte canadienne- française!» lance-t-il en riant de sa «mauvaise blague».

Et le masque de nez à lunettes traduit bien cette angoisse par le fait que cet objet a perdu toute sa capacité de surprendre et de faire rire. Vestige d'un humour désuet, l'artiste en a fait un monument. Peut-être même un temple, si on imagine pénétrer à l'intérieur par la porte dissimulée derrière. Est-ce une voie qui conduit à un monde fantastique? Est-ce l'issue pour la fuite rêvée de l'artiste?

Étonnamment, l'installation est des plus intéressantes lorsqu'on l'observe de l'extérieur de la galerie, à travers l'orifice qui se cache derrière l'oeil de pirate, une fois que celui-ci est relevé. Dans cette lunette, on a l'impression de regarder à travers un judas de porte dont la vision est embrouillée. Avec les gens qui circulent, la scène prend les allures d'un film catastrophe baignant dans une ambiance étrange et troublante. De là, on n'a plus envie de rire...

Notons finalement que cette installation a été réalisée durant une résidence de trois mois à l'?il de Poisson et que l'artiste souhaite offrir son oeuvre à une institution, un musée, un organisme ou quiconque possédant un très grand hall d'entrée!

Vertigineuse maison rouge

Tant qu'à être si près de la petite galerie, un détour pour y voir La maison rouge de Thierry Arcand-Bossé vaut vraiment le coup. Également inspiré par l'esthétique cinématographique, le jeune peintre a réalisé un immense tableau qui se présente en diptyque vertical. La partie du haut propose une vue en contre-plongée, alors que l'autre offre une perspective en plongée.

La scène? Une maison suspendue dans une falaise escarpée est le théâtre d'un échange entre trois personnages, dont un qui porte un casque de Mickey Mouse. Au fond du ravin - dans la seconde toile -, un comité d'accueil armé prend position au milieu de la route. Que l'on se forge un scénario ou qu'on se remémore La mort aux trousses d'Hitchcock, on ne peut que ressentir un certain vertige en observant cette oeuvre audacieuse qui joue avec les normes de la peinture classique tout en gardant une facture très actuelle.

Bureaux assaillis

Dans les bureaux de l'?il de Poisson, Jean-Maxime Dufresne présente son projet L'agence. Posant un regard critique sur nos environnements construits et habités, l'artiste montréalais a choisi de prendre d'assaut l'espace administratif du centre d'artistes pour explorer son propos.

Fils téléphoniques suspendus, fenêtres recouvertes de textes, microphones, miroirs et de grandes guirlandes de papier font partie de l'installation qui questionne le monde du social et de l'urbanité. L'oeuvre n'est pas qu'installative, elle flirte aussi avec le documentaire et l'édition. À preuve, des écrans projettent les témoignages d'une quinzaine de personnes issues du milieu artistique, qui parlent d'espaces, de précarité, de la mobilité des personnes ou de l'usage de technologies.

Une visite à la galerie de la côte d'Abraham promet donc de faire d'une pierre trois coups!

Où?

Escape from New Work de Dan Moynihan, La maison rouge de Thierry Arcand-Bossé et L'agence de Jean-Maxime Dufresne à l'?il de Poisson, 580, côte d'Abraham, jusqu'au 14 février.

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