Pendant trois ans, Steve Leroux a accumulé des images de ciné-parcs. Sa fascination pour le vide créé par ces immenses écrans - pour la plupart devenus désuets - l'a mené un peu partout au Québec afin de documenter les vestiges de ce phénomène en voie de disparition.
Critique sociale de la société de consommation ou regard sur la transformation de la culture du spectacle? «C'est tout ça à la fois. Il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce travail», explique l'artiste originaire de Montréal, qui habite maintenant Rimouski.
Il y a, d'un côté, un aspect très documentaire dans la façon systématique qu'a Leroux de collecter ses images. Photographier chaque écran dans tous les angles possibles lui a permis de réaliser une impressionnante mosaïque, qui décrit un mouvement de rotation de 180 degrés. Un peu comme un écho au cinéma, qui se constitue d'une multitude d'images fixes afin de créer le mouvement.
Puis, il y a ce travail d'anthropologue qui enregistre les dernières traces d'un phénomène en voie de disparition pour qu'il puisse s'inscrire dans l'histoire de l'humanité. «Aller au ciné-parc était une activité proche du camping, relate l'artiste. Maintenant, les gens ont des cinémas à la maison et, quand ils vont au cinéma, c'est tellement confortable qu'ils pourront bientôt y recevoir un massage pendant qu'ils écoutent un film!» Les ciné-parcs n'ont donc plus de chance de survie...
Dans cette optique, des séries plus narratives expriment cette extinction. Comme celle où l'on aperçoit dans une image une porte menant à un souterrain et une autre avec une fosse au même endroit. Ces images se font écho, comme si le trou de l'une exprimait la fin, l'enterrement, alors que l'autre explore plutôt la disparition par la fuite.
On peut définitivement se raconter plusieurs scénarios devant les images de ces lieux qui en ont projeté toute une panoplie. Cependant, le ciné-parc qui se fait emporter par un développement immobilier, celui qui se fait enterrer par une montagne de sable doré ou encore celui dont l'écran est tombé et qui laisse derrière lui des émetteurs sonores déglingués semblent sombrer dans une agonie silencieuse.
L'histoire de ces écrans gigantesques est maintenant écrite, ils peuvent donc tomber, estime l'artiste avec une note de nostalgie dans la voix.
Mais il n'en demeure pas moins que ces grands rectangles blancs, réappropriés par Leroux dans leur forme la plus simple, imposent aussi un moment de répit pour l'oeil - ce que l'on ne veut pas voir disparaître totalement. Cette poésie du vide, cette fadeur ou encore cette porte ouverte sur le rien fait un bien fou. Il y a une sorte de paix qui émane des blancs qui se superposent, un calme qui rappelle que nous sommes constamment sollicités sur le plan visuel et que le con-traire pourrait facilement prendre la forme d'un écran blanc obstruant la vue, histoire de s'imposer une pause médiatique.
Écrans de Steve Leroux est présentée à VU au 550, côte d'Abraham, jusqu'au 21 mars. La galerie est ouverte du
mercredi au dimanche, de 12h à 17h.











