Pour le volet «pastoral» des célébrations du 25e anniversaire de L'OEil de Poisson, des oeuvres inédites ont pris racine dans différents bâtiments du petit paradis portneuvois. J'ai encore en tête la cérémonie grotesque et magique - unique, malheureusement - qu'ont officiée les Fermières obsédées pour l'ouverture de La Colonie. Une poupée de guenilles d'un étage, un piano possédé et des feux d'artifice, ça vous donne une idée?
Au Vieux Presbytère, le feu de joie sacrificiel de plexiglas du trio BGL et les rêveries figées en aquarelles et en carton de Martin Dufrasne cohabitent avec l'exposition permanente qui retrace l'histoire du bâtiment. Sur le gazon, autour, les enfants jouent; au loin, on voit le fleuve. C'est idyllique. Au-dessus des lieux d'expositions, les gros ballons blancs de Thérèse Mastroiacovo flottent comme des pavillons amis.
Facture contemporaine
La plupart des installations ont été mijotées et fabriquées pendant la résidence de deux semaines qui s'est déroulée en juin. Ça se sent. Malgré leur facture très contemporaine, les oeuvres se marient totalement avec l'endroit. Le concept, minutieusement orchestré par le commissaire Jean-Michel Ross, avec la complicité de Culture et Patrimoine Deschambault-Grondines, fonctionne à merveille. Au deuxièeme étage magasin général Paré, les impressions numériques de Roberto-Pellegrinuz-zi se fondent aux souvenirs vieillots du petit musée populaire. Au premier coup d'oeil, le visiteur (étranger s'entend, les habitants du village remarquent tout de suite l'oeuvre) peine à les départager.
Il faut rouler jusqu'au Moulin de la Chrevrotière pour la suite. La douce Kim Waldron y relate en photos troublantes comment elle a appris l'abattage et la boucherie. Au centre, d'un côté, elle y présente des têtes empaillées, de l'autre, les morceaux de viande emballés des animaux correspondants. Morbide? Curieux, plutôt, et festif. La jeune femme a lancé l'exposition avec un méchoui rassembleur. Au sous-sol, Geneviève et Matthieu ont imaginé leur propre mythologie ludique avec du styromousse, de la gouache et des images vidéo.
Dans une salle à part, toujours au Moulin, trois courtes vidéos montrent le déracinement et l'ironie de Milan Gusbash, la charmante - mais vraiment! - grand-mère de la Torontoise Thérèse Mastroiacovo et la fable étrange et incroyable Monkey and Deer, de Graeme Patterson. Dans la maison de son grand-père, l'artiste de Saskatoon a recréé tout un village en maquettes, et tourné en stop-motion la rencontre improbable d'un cerf et d'un singe. Troublant! À voir de toute urgence.
Pour se rendre : suivre l'autoroute 40 vers Montréal. Prendre la sortie 254. Suivre les indications pour le Vieux Presbytère de Deschambault. Jusqu'au 26 septembre.










