Depuis les années 70, nombreux sont ceux qui ont choisi d'investir un lieu de vie comme espace d'expression créatrice. La Chambre blanche, l'OEil de Poisson et autres centres ont organisé des expositions dans des appartements vacants, des maisons habitées... Plus récemment, on pense à Pierre-Luc Brouillette et à ses deux projets de Non-maison et, présentement, à Hugo Nadeau et Mon maison (oui oui, c'est le nom: Mon maison. Une faute d'orthographe artistique, quoi).
J'entre sur la pointe des pieds. C'est drôle comme, lorsqu'on entre pour la première fois chez quel-qu'un, on scrute le moindre détail... Les meubles, la déco, ce qui traîne. C'est pareil, ou presque.
Les portes des pièces sont grandes ouvertes, si bien que, dès l'entrée, on a un aperçu de la variété des univers qui nous sont proposés.
Marie-Andrée Godin a investi une petite pièce à droite, où elle a fait du dripping blanc sur papier beige; l'étape primer avant de plonger dans les couleurs éclatantes de la salle voisine, où les tentes de toiles orange vif (Christine Comeau), le paysage flottant (Patrick Sternon), le mur de piscines loufoques, les clôtures de treillis et les étagères faites de planches à roulettes (Justin Lapointe) évoquent une cour arrière de banlieue complètement flyée.
Il y a aussi une chambre calme, avec un escalier dérobé, une nature morte de Marie-Claude Gendron et un des chiens blancs d'Isabelle Demers. Une salle de bains où on a joué à Tetris avec les murs. Une cuisine complètement absurde où trônent les tripodes d'Étienne Baillargeon, une photo de Guillaume A. Provost et un des blocs-jouets de Francis Arguin. Un salon éclectique, avec un coin lecture, une avalanche de cubes et des débris de lingeries. Et une salle de torture, ou plutôt d'expiation, signée Adam Bergeron. Et d'autres surprises encore.
On voit bien que chacun a mis ses tripes dans ce rituel d'adieu collectif qui a trouvé son équilibre et est, étrangement, plus achevé que bien des démarches programmées. Touchant, ironique, festif. Nostalgique aussi, comme des funérailles en famille.
L'appartement urbain au coeur de Saint-Roch cédera bientôt sa place à des bureaux. Dommage, le lieu marqué par la succession de colocs, d'étudiants, de penseurs et de jeunes créateurs grouille de souvenirs. Il aura eu une belle fin.
Visites sur rendez-vous jus-qu'au 30 décembre en contactant Hugo Nadeau à hugo@hugonadeau.com.
Note : Outre les artistes mentionnés, Andrée-Anne Blacutt, Carolyne Bolduc, Isabelle Dionne, Marylou Fortier, Manuella Genest Delisle, Marie-Andrée Godin, Véronique Isabelle, Paryse Martin, Christian Messier, David Naylor, le collectif On est tu heureux hen et Geneviève Roy ont participé à l'aventure.





















