Arguin a une double-vie. Il est graphiste et artiste en arts visuels. «Juste avec les arts visuels, je n'arriverais pas. Mais le graphisme, c'est créatif et on travaille avec l'image, alors ce n'est pas loin finalement de mon travail [qui est] je crois très graphique», explique l'artiste, ravi d'avoir un gagne-pain qui lui sert en quelque sorte de salle d'entraînement pour ses oeuvres libres.
Il partage un atelier (malheureusement récemment inondé) avec Laurent Gagnon, Valérie Potvin, Guillaume Tardif et Benoît Blondeau dans un sous-sol de la 3e Avenue, à Limoilou. «Comme je travaille beaucoup avec du carton, des matériaux pauvres, des fournitures de bureau, comme je dis souvent, ça fait une montagne de trucs mous et mouillés, ce n'est pas très accueillant pour l'instant», explique-t-il. Pour ce premier portrait de l'été, nous nous retrouvons donc au grand air.
Francis Arguin s'est d'abord spécialisé en performance. «En faisant une performance, tu te mets en scène. La plupart des performeurs ont tendance à bouder le côté théâtre, mais moi, j'aime bien pratiquer, faire un script... C'était assez humoristique, au lieu de travailler avec des objets réels, je travaillais avec des objets que je fabriquais, des équivalents, comme des lunettes de sécurité en styromousse et en tape. Et un moment donné, je me suis désintéressé de la partie performative pour m'intéresser plus à la construction d'objets», raconte l'artiste, qui ne s'est pas mis en scène depuis 18 mois.
Il s'inspire d'objets quotidiens, familiers, dont il transforme les caractéristiques formelles. «Souvent je vais reprendre les proportions, je vais jouer un peu avec les lignes de base, pour finalement créer un objet autonome. Il va y avoir un décalage qui va s'opérer et l'objet va devenir soit innommable, ambigu ou vaguement familier. Je m'intéresse beaucoup à cette limite un peu floue», souligne Arguin, qui aime aussi utiliser le dessin, qui fait le lien entre l'idée qu'on a d'un objet et l'objet réel, en trois dimensions.
Daltonien discret, profession oblige, l'artiste aime les teintes franches et rit dans sa barbe lors-qu'on lui fait remarquer son sens particulier de la couleur. Lorsqu'il faisait de la peinture, il procédait par aplats, sans aller dans les nuances, mais lorsqu'il regarde autour de lui, ce sont les contours qui apparaissent en premier.
«J'ai tendance à voir les lignes avant de voir les portions colorées. La part de recherche [de mon travail] au niveau de la ligne, qui donne des objets très configurés, vient peut-être de là», analyse Arguin, qui a encore d'autres cartes dans sa manche. Comme si l'installation, la fabrication d'objets, la peinture, le dessin et la performance ne suffisaient pas, il est aussi guitariste de rock'n'roll et s'aventure depuis peu en art sonore.
Les constructions ludiques com-me celle qu'on a pu voir à la petite galerie de l'OEil de Poisson l'hiver dernier, Mes économies, une tour d'objets évoquant l'encombrement, mais aussi un moulin improbable à la Don Quichotte ne sont pas qu'intéressantes et drôles à regarder. «Je ne me vois pas comme un clown, même si on me dit souvent que mon travail est humoristique. On dirait que le clown s'épuise à faire du cabotinage et qu'après, il ne reste plus rien. J'ai un peu peur de ça», confie l'artiste, qui a pris ses distances avec la performance un peu pour cette raison.
Il aime plutôt surprendre, en jouant sur les perceptions des gens. «Ce n'est pas toujours évident, parce qu'on est bombardé par tellement de trucs fantastiques», nous dit Arguin. Sombres et pessimistes, les artistes? Pas celui-là en tout cas.
Autoportrait
Votre ligne directrice
Le plaisir de faire les choses
Votre couleur artistique
Magicien (daltonien)
Votre projet le plus fou
Une quantité astronomique d'objets dans un espace rempli
Votre tic d'artiste
La répétition, les objets en série
Ce qui vous inspire
Le travail des BGL, le sculpteur David Armstrong Six, les écrits de Borgès et d'Hubert Aquin
Ce que vous redessineriez dans le milieu des arts visuels
Je voudrais qu'il y ait plus d'ateliers à Québec. Il y a beaucoup de gens qui en cherchent. Si on pouvait se rassembler, dans des endroits stimulants, ça créerait quelque chose.
Votre coup de coeur, pour poursuivre la chaîne
Marie-Andrée Cormier, qui a présenté Paysage humain à la Bande vidéo en mars.





















