Les suggestions de la semaine (21 septembre)

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Didier Fessou
Le Soleil

Ce que le jour doit à la nuit

Yasmina Khadra, Seuil, 416 pages

Yasmina Khadra est un auteur immensément doué. De son vrai nom Mohammed Moulessehoul, cet ancien officier de l'armée algérienne vit aujourd'hui en France. Dans ce beau roman empreint de nostalgie, il relate les aventures de quatre gamins vivant dans un village viticole de l'Oranais. Trois pieds-noirs et un Arabe. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'au déclenchement de la guerre d'Algérie, son explosion de violences et le départ des Européens. Le fil de l'histoire? Une impossible histoire d'amour entre l'Arabe et une jeune Française. J'ai adoré ce roman, mais j'ai des réserves : l'auteur avait sept ans au moment de l'indépendance de l'Algérie, fait que ce qu'il rapporte relève de la fiction et non du témoignage. Une fiction à charge contre les Français qui prétendaient prendre leurs aises de Dunkerque à Tamanrasset. L'auteur ferait mieux d'utiliser son talent pour nous expliquer pourquoi ses compatriotes s'entretuent si méchamment et pourquoi tant d'Algériens croient que leur pays s'étend de Tamanrasset à Dunkerque.

 

Enthéos

Julie Gravel-Richard, Septentrion, 270 pages

Ce roman qui a Québec pour cadre offre autant à boire qu'à manger. Ce qui veut dire? Qu'il y a une histoire et des réfexions. Pas de ces réflexions creuses et futiles comme on en lit partout, mais d'un autre niveau. Il est vrai que la fréquentation des auteurs de l'Antiquité enrichit la pensée. Spécialiste des civilisations anciennes à F.-X.-Garneau, l'auteure tricote une touchante intrigue amoureuse entre un étudiant au doctorat effondré par le suicide de son frère jumeau et une jeune prof de l'Université Laval qui se meurt d'un cancer en phase terminale. C'est un peu intello, limite prétentieux, mais c'est très bien raconté. En prime, d'inspirants commentaires sur Gide et sur la foi.

Se déprendre de soi-même

Victor-Lévy Beaulieu, Éditions Trois-Pistoles, 264 pages

On attendait du barbu un bon gros roman truculent, ou quelque chose de même, il nous propose une critique sociale inspirée par le philosophe français Michel Foucault. Du VLB à l'état pur: séducteur, discoureur, argumenteur, un brin bonimenteur. Mais c'est d'une grande rigueur. Dans cet essai, il se fait tour à tour sociologue, politologue, sexologue, philosophe, économiste et historien pour tomber à bras raccourcis sur la société. C'est raide et c'est sévère: l'homme ne tend pas vers le meilleur, comme on le croyait sottement, mais vers le pire. Et ce pire, c'est cette folie qui était le thème majeur de La Grande Tribu. À se demander avec quel genre d'herbes folles il bourre sa pipe...

Ce que nous avons eu de meilleur

Jean-Paul Enthoven, Grasset, 218 pages

Voici un bavardage qui traduit bien l'esprit du temps, un temps de frimeurs et de noceurs. Il met en scène un parvenu parisien sur le retour d'âge qui passe le plus clair de son temps à glander dans le palais marocain de ses richissimes amis. Richissimes amis où l'on reconnaît sans peine le philosophe Bernard-Henri Lévy et la comédienne Arielle Dombasle. Propos mondains et désabusés sur la fuite du temps et la jeunesse qui s'est envolée. Tout va si vite... Et ce constat: la vie n'est rien d'autre que l'expérience prolongée d'une solitude intérieure. Et cet autre: quoiqu'on fasse, on rate toujours quelque chose, un amour ou une certaine idée soi-même. L'auteur est l'un des ex de Carla Bruni.

La gueule du Loup

Nadia Gosselin, Guy Saint-Jean Éditeur, 170 pages

Je n'ai pas compris pourquoi cette historiette avait été sélectionnée par l'Union des écrivains dans le cadre d'un programme d'encouragement de la relève littéraire. Pas mauvais, mais pas de quoi en faire un plat! C'est l'histoire d'une jeune femme qui s'est fait tout un cinéma amoureux avec un correspondant belge par le biais d'Internet. Elle se rend à Bruxelles et découvre que le type a 30 ans de plus qu'elle, qu'il est pauvre, sale, désordonné, misanthrope et goujat. Elle fait face à la musique. Comme quoi l'amour, c'est dans la tête! Le Chaperon rouge retournera au Québec le coeur gros après avoir découvert que son vieux méchant loup luttait contre un cancer. Ceci expliquant cela.

 

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