Qu'en termes élégants ces choses-là sont dites...
Vendu 400 $, le gadget ne propose pas de connexion sans fil pour télécharger des ouvrages. Il faut le relier à un ordinateur, accéder au site de la Fnac via Internet et choisir parmi une sélection de 2000 titres provenant d'éditeurs tels que Fayard, Grasset, Calmann-Levy ou Albin Michel.
Techniquement parlant, ce bidule ne m'allume pas!
Ce dont je rêve, c'est d'un eBook libre. Qui me permette d'acheter n'importe quel document sur n'importe quel site de n'importe quel éditeur. Qui me permette de m'abonner à un service de vente en ligne et de recevoir les livres que j'aurais commandés comme je reçois un courriel.
Je voudrais aussi que l'objet soit beau, léger, convivial, facile à utiliser. Je voudrais tourner les pages avec mes doigts et pouvoir feuilleter des beaux livres en couleur. Je voudrais aussi pouvoir y brancher une clé USB afin d'y lire mes propres documents et regarder mes propres photos. Ou transférer sur cette clé les livres que j'aurais lus.
Bref, j'exige l'impossible.
Pour le contenu, j'en veux mais pas à n'importe quel prix. Surtout pas à celui de Hachette et de la Fnac qui osent vendre des livres numériques à un «prix sensiblement plus faible que les versions papier». Ce n'est pas une révolution, c'est une arnaque!
Imaginons un livre qui coûte 10 $ en librairie : une somme de 4 $ est destinée au libraire et un montant de 4 $ sert à couvrir les frais d'impression et de distribution. L'éditeur et l'auteur se partagent le solde, à savoir 2 $.
Il faut me refiler l'économie réalisée par l'absence de libraire, de distributeur et d'imprimeur. Cette économie ne doit pas être «sensiblement plus faible» mais très substantielle. Là, ce jour-là, j'embarquerai. Pas avant.
Et le journal électronique, le fameux e-paper dont on attend qu'il raplombe une industrie sur le déclin? Il s'en vient. Les Américains se donnent 12 mois, 18 maximum, pour le mettre sur le marché.
La technologie est connue : le e-paper sera un écran en plastique souple qui aura le format d'une feuille de papier de 8,5 par 11 et sur lequel on pourra lire des informations qui y auront été téléchargées durant la nuit. Téléchargement direct ou via Internet grâce à un ordinateur personnel.
Les chercheurs du MIT sont en train de peaufiner les détails avec les ingénieurs de Sony, de E Ink et de Plastic Logic. Le prix de cette feuille-écran devrait se situer aux alentours de 350 $.
La seule vraie difficulté non résolue à ce moment-ci, c'est le modèle économique. Les spécialistes planchent dessus. Et ce n'est pas simple.
Quoi vendre et à quel prix? Comment faire payer des lecteurs déjà habitués à lire gratuitement leurs quotidiens sur le Web? Qui, des éditeurs de journaux ou des fournisseurs de services, distribuera le contenu? Faudra-t-il vendre la feuille-écran aux consommateurs ou leur offrir en échange d'un abonnement de 24 ou 36 mois? Vaudrait-il mieux proposer des titres à la demande ou un bouquet de publications?
Déjà, il existe un vigoureux mouvement de résistance au changement. De nombreux Américains tiennent mordicus à leurs journaux de papier et sont prêts à y mettre le prix.
Du coup, les éditeurs de certains dinosaures (pensez au New York Times, au Boston Globe ou au Wall Street Journal) devront sans doute continuer à publier des versions papier pour satisfaire les exigences de cette clientèle excentrique, technophobe et souvent très riche.
Il y a aussi un autre obstacle que devront surmonter journalistes et les éditeurs : le e-paper se prête mal à la publication de longs articles. Il va falloir apprendre à faire court et très visuel. Graphiquement parlant, le modèle à suivre se trouve du côté du USA Today.
Qu'on y soit favorable ou non, le e-paper est la prochaine vague technologique grand public. Toutes les raisons sont bonnes, surtout la raison écologique : imprimer un journal sur du papier et le distribuer sur de grandes distances constituent une aberration de plus en plus insupportable sur le plan environnemental.










