Le pouce, c'est le passeport gratuit pour l'aventure sur la route où on suit deux amis, David et Marie (tiens, tiens...). Ils partent sur la route comme ça, pour voir ailleurs s'ils y sont. Ils avalent les kilomètres de lift en lift, les bons comme les mauvais. Le duo se fait embarquer par des gens seuls, des familles, des couples intrigants, des vieux, des jeunes, des gentils, des racistes et... un autobus de chrétiens évangéliques! Ils se font des peurs, s'encouragent, se chicanent et se réconcilient. Ils parlent de tout et de rien, ce qui permet de savoureux dialogues, la principale force de ce road novel sans prétention. On ne s'ennuie pas une minute à suivre les tribulations de nos sympathiques bourlingueurs dont la seule destination est «plus loin». Et ce fameux «plus loin», c'est où? Bof, droit devant, c'est la devise des deux moineaux qui, pour tout dire, ne vont nulle part dans ce roman où il ne se passe à peu près rien. Et c'est très bien ainsi. Après tout, qu'importe la destination quand la route qui y mène est si agréable.
Le ciel de Bay City
Du grand air sur la route, on change d'univers. Et pas à peu près. On entre dans celui, dérangeant, percutant de Catherine Mavrikakis. Destination : Bay City, Michigan. Là où la jeune Amy est née le 4 juillet 1961 dans une maison en tôle et sous un ciel mauve sale. La jeune s'ennuie ferme dans ce coin d'Amérique. Elle flâne, baise, écoute Alice Cooper. Sa «seule véritable demeure», c'est le K-Mart, où elle passe une partie de ses longues journées avant d'avoir l'âge d'y travailler. Avec une soeur aînée morte en bas âge, un père qui vit à New York, une mère souvent absente, Amy trimballe son désespoir et rêve souvent de se voir morte. Car la mort est partout dans ce roman qui raconte l'histoire d'une famille qui a fui l'horreur de la guerre pour se refaire une vie aux États-Unis. Le rêve américain, qu'ils disaient...Mais Mavrikakis nous rappelle que le passé ne s'efface jamais, et sa jeune narratrice porte le lourd héritage, formidablement illustré par le fantôme de ses grands-parents qui, morts à Auschwitz, habitent pourtant le sous-sol de cette maison pourrie. Amy tentera de se défaire de cette famille déjà morte en foutant le feu à la maisonnée la nuit de ses 18 ans. Ou était-ce un simple accident? Mère à son tour, Amy arrivera-t-elle à s'affranchir de ses démons? Le doute persiste, mais une certitude demeure : celle d'avoir été ébranlée par ce roman fort, qui n'est résolument pas pour les coeurs sensibles. Autre certitude aussi, celle de déplorer de n'avoir pas découvert plus tôt l'écriture sans compromis de Mavrikakis, une écrivaine montréalaise née à Chicago en 1961. Le ciel de Bay City est son cinquième titre. Nous allons aller lire les précédents. Car, dans ce cas-ci, le passé peut être rattrapé.
Au passage
Premier recueil de nouvelles d'Emmanuel Bouchard, professeur de littérature au Cégep de Sainte-Foy, Au passage est une belle découverte. Avec comme terrain de jeu la basse-ville de Québec, ce jeune écrivain nous présente une galerie de personnages attachants qui ont tous en commun de se laisser aller à un coup de tête. Un homme invite une jeune itinérante au théâtre, un autre se met en tête de retrouver exactement le coin de peinture effrité qu'il a vu en gros plan sur une photographie. De petites dérives, des filatures poétiques qui rappellent parfois l'univers de Paul Auster par sa façon de se jouer du hasard. Une première oeuvre convaincante pour un écrivain à surveiller.
La gardienne des tableaux
Univers très poétique que celui d'Hugues Corriveau, critique littéraire et écrivain. Avec La gardienne des tableaux, il nous présente Marc Rialto, amateur d'art et artiste lui-même, qui rencontre la «gardienne de tableaux» : Constance, une femme sèche, solitaire, qui surveille dans le silence les oeuvres de Louis-Pierre Bougie que Rilato apprécie tant. À force de visites dans la galerie, Rialto fera sortir Constance de son mutisme pour l'amener sur les chemins de la passion. Mais peu importe l'amour, l'homme part pour Rome où une autre femme intrigante l'ensorcellera littéralement et lui permettra de retrouver l'inspiration. Un peu trop, même. ?uvre sur l'art, l'amour et la création, La gardienne des tableaux est un roman élégant, dont l'écriture posée et souvent calculée peut finir par agacer, mais qui conserve néanmoins cette faculté de nous garder sans mal jusqu'aux percutantes dernières pages de ce court roman.
*** David Dorais et Marie-Ève Mathieu, Plus loin, Boréal, 307 p.
***1/2 Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay City, Héliotrope, 292 p.
*** Emmanuel Bouchard, Au passage, Hamac, 123 p.
*** Hugues Corriveau, La gardienne des tableaux, XYZ, 104 p.










