Monsieur Ho
Autre oeuvre sur la mémoire, autre auteur de Québec, avec Monsieur Ho de Max Férandon. Cette fois-ci, on est loin des murs du Vieux-Québec, mais plutôt en Chine où Monsieur Ho, un fonctionnaire rangé, se voit confier le mandat de diriger le recensement de 1,3 milliard de Chinois. Tâche improbable, voire absurde, la mission de ce commissaire devient rapidement le prétexte à un fascinant voyage au coeur de la Chine d'aujourd'hui. Ce pays où «communisme et capitalisme habitent désormais sous un même toit, tout en faisant chambre à part», comme l'écrivait si bien Férandon dans ce premier roman convaincant. Au lieu de compter les gens, Monsieur Ho ira plutôt à la rencontre des planteurs d'arbres, des détenus de la prison de Migong, du gardien d'une gare perdu dans les steppes de Mongolie, là où son propre père a terminé ses jours, prisonnier des Gardes rouges. En plus d'être un roman fort bien écrit, Monsieur Ho permet une belle réflexion sur la pluralité et les déchirements auxquels est confronté l'Empire du milieu. Un constat on ne peut plus pertinent quelques mois seulement après le grand show des Jeux de Pékin.
Presque 39 ans, bientôt 100
Le narrateur de Presque 39 ans, bientôt 100 le dit dès la première ligne : il n'aime pas la vie. Il approche la quarantaine et fait le bilan. Résultat : pas grand-chose. Sexe, alcool, amours tout croches, métier moche (des petits boulots dans le monde de la télé), état dépressif qu'aucun des médicaments testés ne semble pouvoir apaiser. Bref, rien ne va... et il nous dit tout! Avec ce livre composé d'une centaine de vignettes datées de 2003 à 2007 qui rappellent le journal intime ou le blogue, le narrateur, inspiré de l'auteur Fred Dompierre lui-même, ne manque en effet pas une occasion de se raconter en long et en large. Au point d'en faire trop. Car si on reconnaît un indéniable talent dans l'écriture colorée de Dompierre et on salue la lucidité de celui qui arrive à se regarder en face, sans détour et avec une bonne dose d'autodérision, on ressent une certaine lassitude devant ce «je» exacerbé, souvent trop nombriliste pour tendre vers l'universel. Certains textes sont drôles, d'autres, notamment sur l'amour et la santé mentale, sont criants d'authenticité. Mais au final, trop de passages anecdotiques ponctuent ce récit qui laisse une désagréable impression de déjà-lu au rayon largement fréquenté de l'autofiction vaguement trash.
Tant pis
Autres histoires pas trop jojos avec Tant pis de Dominic Séguin qui, dans les cinq nouvelles composant ce recueil, dresse le portrait de laissés-pour-compte et de souffre-douleur. Un vieil homme croupit dans un CHSLD aux mains d'une préposée tyrannique. Il y a Guy aussi, jeune joueur de hockey sous l'emprise d'un père ultracompétitif, et George Grasset, le pauvre, qui se fait rouler sur toute la ligne en achetant un ensemble de cinéma maison. Des êtres ordinaires, malchanceux ou carrément pathétiques, qui multiplient les petites misères et les humiliations quotidiennes que Dominic Séguin partage avec une plume efficace.
*** 1/2 Andrée Laberge. Le fin fond de l'histoire, XYZ, 264 p.
*** 1/2 Max Féradon. Monsieur Ho, Alto, 170 p.
** Fred Dompierre. Presque 39 ans, bientôt 100, Boréal, 267 p.
** 1/2 Dominic Séguin. Tant pis, XYZ, 159 p.










