Neil Bissoondath: la part d'ombre

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Neil Bissoondath: la part d\'ombre

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Neil Bissoondath vient de sortir un nouveau roman, Cartes postales de l'enfer, avant de se préparer à une année sabbatique de l'Université Laval pour se consacrer à deux projets : un recueil de nouvelles et un livre sur l'Espagne au XVe siècle.

Le Soleil, Erick Labbé

 

Anne-Marie Voisard, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) «Tout le monde a des secrets. J'en ai un, moi. Pas vous?» Plus dans le vif que ça, vous ne trouverez pas. C'est la première phrase du nouveau roman de Neil Bissoondath, Cartes postales de l'enfer. C'est aussi par ces mots que le personnage d'Alec s'est présenté à l'auteur. «Je l'ai écouté. Je l'ai laissé parler.»

Alec est un faux nom. Mais dans la mesure où toute une existence se construit sur le mensonge, on ne se formalisera pas de si peu. Quant au titre, Cartes postales de l'enfer, il touche ce qu'on cache, «des cartes postales jamais envoyées, souvenirs de nos voyages d'ombre accrochés aux murs intérieurs de notre vie...» Pour la version originale anglaise, l'éditeur le trouvait «trop dur». Il lui a préféré The Soul of All Great Designs. Ce qui signifie que les secrets sont l'âme des grands desseins.

Neil Bissoondath nous reçoit chez lui, dans sa maison de Sainte-Foy, baignée de lumière. L'accueil est chaleureux, très ouvert. En ce jour consacré à l'investiture de Barack Obama, les occasions de se réjouir ne manquent pas. Élyssa, la fille de l'auteur, qui aura 18 ans en mars, fait partie de la délégation de cégépiens du Collège F.-X.-Garneau qui se sont rendus à Washington. Tandis qu'il suivait l'événement à la télé, le papa obtenait livraison d'une pleine boîte d'exemplaires de son livre.

Boucle à l'oreille

Le moment est donc bien choisi pour le présenter. «Il m'a raconté son histoire. Je n'ai pas eu l'impression d'inventer», dit l'auteur au sujet d'Alec. Et ce qui frappe plus que tout, c'est cette façon qu'il a de s'afficher comme homosexuel, avec la petite boucle accrochée à l'oreille droite. Mais il ne l'est pas. Donc, ce que d'autres mettent beaucoup d'efforts à dissimuler, lui, il s'en vante. Il se justifie par le fait qu'il est décorateur d'intérieur. Les clients se sentent en confiance.

Mais à Sue, une jeune Indo-Canadienne dont il fera la connaissance lors d'un rassemblement de propriétaires de vieilles autos, il dira qu'il est peintre en bâtiment. Sue accompagne son père qui vend des rafraîchissements. Ses parents, très religieux et soucieux de son avenir, lui cherchent un mari. Il devra avoir la peau café au lait. Le racisme ici change de couleur. Lorsqu'on lui en fait la remarque, l'auteur ajoute que les parents veulent éviter les BMW. B pour Black. M pour Muslim. W pour White. La différence fait peur.

Citoyen du monde, Neil Bissoondath est loin de ces craintes. Sa conjointe Anne Marcoux est québécoise. Il attribue à son oncle, V. S. Naipaul, Prix Nobel de littérature et, comme lui, Indien d'origine, l'idée de quitter Trinidad, son lieu de naissance. Ce qu'il a fait à 18 ans pour aller à Toronto, où il a appris le français, avant de venir à Montréal, puis maintenant à Québec. Une ville qui l'inspire. Il aime marcher dans les rues enneigées. «Ça permet à l'imaginaire d'errer. L'esprit travaille à mon insu.»

Humour et sensualité

Revenons à Sue, Sumintra de son vrai nom, dont les parents, immigrants de première génération, s'accrochent à leurs valeurs. La jeune femme a étudié en littérature à l'Université, et découvert d'autres valeurs qui contribuent à l'éloigner de son milieu familial, comme l'illustre ce godemiché offert par une amie. Les traducteurs, Lori Saint-Martin et Paul Gagné, l'ont baptisé Serge. «Change la première lettre et tu comprendras», est-il écrit.

Preuve que l'humour est présent. La sensualité aussi, ce à quoi les ouvrages précédents n'avaient pas habitué le lecteur. Mais puisque ce sont les personnages qui mènent le jeu, il faut s'attendre à tout, même à une fin catastrophique. Car on ne ment pas sans conséquence.

Le roman se divise en trois parties. C'est d'abord Alec qui s'exprime. Ensuite Sue par la voix d'un narrateur. La troisième partie nous les montre en alternance, une fois que leurs chemins se sont croisés. Du début jusqu'au dénouement, on reste accroché. Ça se lit d'un seul trait.

À quand le prochain titre? Neil Bissoondath, qui enseigne la création littéraire à l'Université Laval, mise sur l'année sabbatique qu'il entreprendra à l'automne pour mener à terme deux projets : un recueil de nouvelles et un livre sur l'Espagne au

XVe siècle. Les personnages sont historiques. Il utilise ses techniques de romancier pour les faire revivre. Un nouveau défi.

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