Impossible d'oublier le personnage qui s'est illustré durant les années d'or du défunt magazine Croc. Pas que le banlieusard bedonnant soit attachant ou affiche une profondeur exceptionnelle. C'est plutôt que son créateur, Jean-Paul Eid, s'en est servi pour explorer le neuvième art sous toutes ses coutures. Dans l'univers de Bigras, rien n'est impossible. Les bouteilles de S.O.S. font surface dans le lavabo, les LA-Z-BOY permettent de voyager dans le temps, la tondeuse fait office de meilleure amie de l'homme. Et surtout, chaque épisode est l'occasion de revoir les codes de la bande dessinée, de faire des références à d'autres héros, à d'autres genres ou à d'autres disciplines en nous faisant rigoler. Ce sympathique recueil, qui compte des inédits, ne ment pas : s'il a pris du bide, Bigras n'a pas pris une ride!
Tardi de retour au front
Jacques Tardi est de retour au front avec son sujet de prédilection : la Grande Guerre. Celui qui nous a donné l'excellent C'était la guerre des tranchées revient sur les événements de 1914-1918 le temps d'une parution en deux volumes. Outre la couleur ? qui évolue graduellement vers la grisaille ?, la nouveauté ici tient au ton adopté, voisin du documentaire. Bien que le récit soit à la première personne, c'est l'aspect historique qui prend le dessus. On y explique les grands moments du conflit, les techniques utilisées, l'attitude des soldats ou des civils, sans oublier le vocabulaire des «poilus» ? un glossaire est inclus. Le dessin de Tardi demeure du bonbon, or le ton adopté instaure une distanciation au profit d'un côté didactique qui ne sert pas toujours la narration, l'émotion ou le rythme. Au terme de ce tome s'attardant aux années 1914, 1915 et 1916, l'historien Pierre Verney signe un dossier étoffé.
La chasse aux sorcières
Avec Le Guinea Lord, Jean Dufaux poursuit le deuxième cycle de la Complainte des Landes perdues. On y renoue avec un Seamus novice, recruté par les Chevaliers du pardon, cet ordre qui a pour but d'éradiquer les créatures de l'ombre. Le jeune homme et le chevalier Sill Valt sont à la recherche d'une fée. Parallèlement, une puissante sorcière s'apprête à conclure un pacte avec le démon qui donne son titre à l'album. L'action ne progresse pas très rapidement, et les personnages n'affichent pas une grande substance. En revanche, Dufaux instaure un rythme bien à lui et nous replonge adroitement dans cet univers fantastique et moyenâgeux, où les démons sont également intérieurs. Quant à Philippe Delaby, il fait un superbe boulot au dessin.
Le magnétisme de la chauve-souris
Julien pousse dans le Saguenay des années 60, s'empiffrant de BD de toutes sortes jusqu'à ce que le destin mette sur son chemin le cadavre d'une chauve-souris. Fasciné, le garçon décide de la camoufler dans une boîte de Whippet et de la ranger secrètement, ignorant qu'elle risque de se décomposer... La chauve-souris et la boîte de biscuits est un récit autobiographique alliant clichés photographiques et dessins soumis à différents filtres infographiques. Le Québécois Julien Poitras relate son histoire avec adresse, même s'il sombre parfois dans les excès d'effets numériques et que certains dessins, de par leur nature, sont quelque peu figés. Cette oeuvre faite main est pétrie d'une nostalgie à laquelle on ne reste pas insensible.
***1/2 JEAN-PAUL EID. Des tondeuses et des hommes, La Pastèque, 124 p.
***1/2 TARDI et VERNEY. Putain de guerre! 1914-1915-1916, Casterman, 67 p.
*** DELABY et DUFAUX. Les Chevaliers du pardon : 2. Le Guinea Lord, Dargaud, 54 p.
**1/2 JULIEN POITRAS. La chauve-souris et la boîte de biscuits, Moëlle graphique, 64 p.












