Je fais partie de ceux qui les aiment. Sans condition. Et peu importe leurs manières.
Cet engouement n'est pas partagé. Alors, je me contente de fréquenter les chats du voisinage.
Il y en a un, en particulier, qui vient me rendre visite l'après-midi. Une demoiselle. Belle, racée, musclée. Elle arrive au triple galop, entre en coup de vent, fait le tour de la maison et s'arrête devant la dépense où sont rangées des gâteries pour chats.
Sa collation avalée, elle prend ses aises dans la verrière où je lis. Elle s'assoit devant la porte-fenêtre pour observer le va-et-vient des oiseaux et des écureuils dans le jardin. Puis elle fait sa toilette, longuement, minutieusement, indécemment. Une fois propre, elle hésite : des fois, elle exige son lot de caresses, d'autres, elle se pelotonne dans un fauteuil et pique un roupillon.
Le soir, j'ai de la difficulté à m'en débarrasser. Elle ne veut pas retourner chez elle. Pourtant, elle a de bons maîtres. Mais, ils ont un chien. Ceci expliquant peut-être cela.
Cette entrée en matière pour vous signaler la publication de Chats, un beau livre de la comédienne française Anny Duperey.
C'est un livre sur lequel il n'y a pas grand-chose à dire. Il est fait de photos de chats avec de courts commentaires. On glisse rapidement sur les commentaires, mais on s'attarde sur les chats. Photographiés en noir et blanc, ce qui ajoute un certain charme.
Ceux qui aiment les chats vont adorer ce livre.
La comédienne a retenu plusieurs photos de célébrités avec leurs chats : Colette, Malraux, Paul Fort, Hemingway, Georges Brassens, Romain Gary, Françoise Sagan, Picasso, Blaise Cendrars, James Dean, Jane Fonda, Jean-Claude Carrière, Frank Zappa. Et même une certaine Madame d'Ora dont je n'avais jamais entendu parler.
Il est vrai qu'il existe une relation très intime et très intense entre les écrivains et les chats. Il suffit de s'asseoir et de commencer à écrire pour que le fauve grimpe aussitôt sur la table ou le bureau et s'y prélasse. On dirait que c'est une sorte de réflexe félin qui transcende le temps et les façons d'écrire : stylo et papier ou clavier et souris.
À propos, où est Bébert? Le chat le plus célèbre de la littérature est absent du livre d'Anny Duperey.
Bébert, c'est le chat de Louis-
Ferdinand Céline. Acheté à l'animalerie de La Samaritaine en 1935. Il a suivi son maître en Allemagne, en mars 1945, à travers les flammes et le chaos. Lucette l'avait mis dans une gibecière et l'a porté ainsi pendant dix-huit jours et dix-huit nuits.
Bébert, le plus fidèle des amis!
À propos duquel Céline écrira dans une lettre à Marie Canavaggia : «Mon pauvre petit chat Bébert a fait avec nous les innombrables nuits d'alerte dans la neige et le froid, immobile, il paye ces prouesses actuellement d'une bronchite qui va peut-être l'enlever. Il n'aime pas ces souvenirs d'épreuve.»
Je devine pourquoi Anny Duperey a snobé Bébert : ces années-ci, Céline n'est pas en odeur de sainteté chez les bigots de la bien-pensance politique et climatique. Et comme Anny Duperey est une personne très bien sous tous rapports...
À la trappe Bébert, car ton maître n'est pas fréquentable!
ANNY DUPEREY. Chats, Éditions Michel Lafon, 160 pages. 39,95 $











