Menteur comme une carte

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Menteur comme une carte

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Cette spectaculaire photographie prise d'un satellite montre l'intensité des sources lumineuses nocturnes en Europe.

Illustration tirée du livre L'Atlas essentiel

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) On dit de l'éclairage nocturne que c'est une pollution.

Pas d'accord!

Du gaspillage, si vous voulez, mais sûrement pas de la pollution.

À moins que vous ne préféreriez retourner au moyen âge où les rues, non éclairées, étaient de terrifiants coupe-gorge. Écologique mais dangereux.

Survolez une grande ville la nuit. Québec ou Montréal. C'est un spectacle féerique.

La photo, là, montre l'Europe occidentale la nuit. Convenez que cela a de la gueule. C'est quand même autre chose que la face cachée de la lune qui, elle, n'a rien de tel à montrer aux poètes et aux voyageurs de l'espace.

Cette illustration provient d'un livre épatant qui s'intitule L'Atlas essentiel. Le genre de beau livre dont on tourne les pages d'abord pour le plaisir des yeux.

Concocté par le journaliste au long cours Olivier Le Carrer, ce livre n'a d'autre ambition que de vous aider à comprendre le monde, l'amour et les grandes catastrophes : de la carte du Tendre à la représentation graphique du métro de New York, de la carte du génome humain à celle de l'Antarctique, du plan de Pékin en 1950 à la maquette de la Rome antique, des landscapes of love imaginées par Diana Issidores à une coupe de la grande pyramide de Gizeh.

En tout, une centaine de pages d'émerveillement, d'insolite, d'imprévu, de pittoresque ou d'émouvant.

Tout un voyage! Un voyage dématérialisé qui propose une vision du monde autre que celle des géographes.

Mais l'intérêt de cet atlas, à part le plaisir esthétique ? Réponse de l'auteur : «La carte autorise tout ou presque : voyager, rêver, comprendre, se perdre, se retrouver. Elle sait aussi bien éclairer les aventures anciennes, que le périple en cours ou les mutations contemporaines.»

Les cartes ne disent pas tout, mais elles suggèrent beaucoup.

Et c'est parce qu'elles sug­gèrent beaucoup qu'elles sont indispensables.

Du fond de sa Bretagne où il a installé ses pénates après avoir navigué sur les mers du monde, Olivier Le Carrer reconnaît que les cartes mentent tout le temps, offrent l'illusion de la perfection et ne donnent qu'une vision ponctuelle, schématique et partiale.

Leur pertinence, alors ? Elles aiguisent notre sens critique.

On peut vivre sans carte. Mais vivre sans carte, c'est comme vouloir ne rien savoir du monde.

OLIVIER LE CARRER. L'Atlas essentiel, Glénat, 128 pages. 69,95 $

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