Déjà, en leur temps, terroristes, anarchistes, bolcheviques et communistes originaires des vieux pays avaient mis les États-Unis sens dessus dessous sur fond de luttes syndicales brutales et d'affrontements sanglants entre Noirs et Blancs.
C'était au lendemain de la guerre de 14-18.
Un roman raconte tout ça : Un pays à l'aube de Dennis Lehanne. Publié par Rivages. 768 pages denses et intenses. Un roman comme on a la chance d'en lire un ou deux par année, guère plus.
Alors, ne vous privez pas de ce plaisir!
En prime vous vibrerez aux exploits de George Herman Ruth junior. À l'époque, il jouait pour les Red Sox jusqu'à ce que les Yankees le mettent sous contrat. Lors de sa dernière saison à Fenway, il a placé 15 home runs. Sacré Babe Ruth...
Talentueux mais pas trop futé, le gros. Ce qui ne l'a pas empêché de comprendre que le monde appartient aux tricheurs. Quand il a saisi ça, il a eu honte. Mais il a mis la leçon à profit.
Nous sommes à Boston en 1918. En Europe, la guerre touche à sa fin et les boys commencent à revenir au pays.
La guerre a dopé l'économie américaine, mais il n'y a pas assez de travail pour tous ceux qui rentrent chez eux. Que vont faire les patrons? Ils vont virer les travailleurs noirs pour leur faire de la place.
On ne compte plus les émeutes à caractère racial. À Chicago, 15 morts. À Saint-Louis, tout un quartier incendié. New York est sur le qui-vive. Washington aussi.
Ajoutez à ça l'épidémie de grippe espagnole et les effets de l'inflation. En un an, les prix ont grimpé de... 73 %. La misère s'installe partout. Les gens ne mangent plus à leur faim. Le terreau est fertile pour les gangs de rue et ceux qui voient dans la Révolution russe la solution à tous leurs malheurs.
Les attentats à la bombe se multiplient.
La situation est particulièrement dramatique au sein du BPD, le service de police de la ville de Boston.
La ville n'a pas d'argent. Les flics sont payés selon l'échelle salariale de 1905 : 29 cents de l'heure pour des semaines de travail de 73 heures. Pas de prime pour les heures supplémentaires. Un jour de congé toutes les trois semaines. Quant au coût des uniformes, des armes et des munitions, il est à la charge des flics.
Ça grogne dans les rangs.
Pour les flics, le Boston Social Club fait office de syndicat. En réalité, un endroit où ils boivent de la bière et laissent libre cours à leur mécontentement.
Comme la plupart des romans, celui-ci raconte deux histoires en parallèle. Dans chaque histoire, un personnage central.
D'abord Luther Lawrence. Un jeune Noir de Greenwood, Ohio. Talentueux mais tête en l'air. Pour faire de la place aux héros qui arrivent de la guerre, il est obligé de céder son travail de mécano à l'usine de munitions qui l'employait.
Lila, sa fiancée, a de la parenté à Tulsa où, semble-t-il, les Noirs ne sont pas trop maltraités. Ils y vont et, de fait, Luther trouve facilement du travail. Le soir, il traîne. Il finit par devenir l'homme de main du Bedeau, un redoutable gangster du quartier noir.
Ça finira dans un bain de sang. Luther n'a d'autre choix que de se tirer le plus loin possible. Il abandonne Lila et finit par échouer à Boston. Là, il est embauché comme domestique par Thomas Coughlin, capitaine au BPD.
L'autre histoire met en scène Danny Coughlin, 27 ans, flic au BPD et îlotier au North End, le quartier le plus mal famé de Boston. C'est le fils du capitaine Coughlin.
Immigrant irlandais de la première génération, le père a beaucoup d'ambition pour ses garçons. Il a fait de Connor un avocat et il veut faire de Danny un inspecteur avant l'âge de 30 ans, la voie royale pour devenir lieutenant.
Danny, lui, c'est un pourfendeur de moulins. Les projets de son père ne l'intéressent pas. Il s'implique dans l'action syndicale et devient l'un des leaders du Boston Social Club.
Le 9 septembre 1919, les flics se mettent en grève. Le populo descend dans les rues de Boston. Deux jours d'émeute, de pillage, d'incendies et de viols. L'armée rétablit l'ordre en tirant dans la foule. Il y a neuf morts. Tous les grévistes perdent leur emploi.
Voilà, j'ai résumé à grands traits. Mais soyez certain d'une chose : ce roman est époustouflant.
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