Festival de la BD: Saint-Germain, le gentleman cambrioleur du XVIIIe

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Festival de la BD: Saint-Germain, le gentleman cambrioleur du XVIIIe

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Jean-François Bergeron et Thierry Gloris sont présents au Festival de la bande dessinée.

Le Soleil, Steve Deschênes

Nicolas Houle
Le Soleil

(Québec) En France, les portes semblent toutes fermées pour les jeunes auteurs de bande dessinée. Au Québec, lesdites portes sont sacrément rares. Thierry Gloris et Jean-François Bergeron ont ainsi dû s'armer de patience avant de réussir à dénicher un éditeur enclin à publier Saint-Germain. Leur détermination a payé : la série s'est retrouvée dans la prestigieuse collection Grafica de Glénat et a droit à un accueil fort chaleureux.

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Le comte Maximilien de Saint-Germain

«On n'avait pas la confiance des éditeurs, se remémore Gloris. En France, on ne fait pas confiance à quelqu'un qui n'a pas un pied dans une maison d'édition quelque part...»

«Pendant que le projet restait en attente, Thierry a scénarisé Le codex angélique, qui a été super bien reçu, et moi, j'ai dessiné Tokyo Ghost et Le crépuscule des dieux. C'est là qu'on s'est dit : ?On est mûrs.? On avait chacun le pied quelque part et on a fait le grand saut!»

Saint-Germain est d'abord et avant tout le bébé de Jean-François Bergeron. Le dessinateur de Québec caressait depuis longtemps l'idée d'animer un personnage comme le comte Maximilien de Saint-Germain, ce mystérieux aventurier qui a véritablement existé sous le règne de Louis XV. Il ne se sentait toutefois pas les reins assez solides pour tirer les ficelles de l'intrigue, où la science-fiction intervient. C'est à ce moment que le héros s'est trouvé un second père, qui l'a fait grandir depuis la France.

«Je vis dans un petit village du sud-ouest, loin des grands centres, alors même avec des Français, je communique par l'entremise d'Internet», explique Thierry Gloris, qui est entré en contact avec son comparse il y a plus de cinq ans. «La BD ne permet pas de voir son collègue tous les matins, alors pour moi, travailler à distance n'a rien changé. C'est quelque chose que je fais aussi avec des dessinateurs grec et italien.»

Série au long cours

Le jour, Saint-Germain est occupé à séduire les gentes dames. La nuit, il s'affaire à détrousser les riches de leurs pierres précieuses. Il dispose par ailleurs de talents d'alchimiste qui lui valent d'être mandaté par le roi Louis XV. Sa mission? Guérir le Maréchal de Saxe, victime d'un empoisonnement. Cette intrigue, amorcée dans Le comte des Lumières, devrait se clore dans le prochain tome, mais l'univers de Saint-Germain tel que l'a imaginé Gloris est si riche qu'il pourrait se décliner en plusieurs volumes. En parallèle de l'histoire principale, on peut voir des habitants, visiblement des enfants, installés sur la Lune et scruter ce qui se passe sur Terre. À ce mystère s'en ajoute un second : quel est ce trio de malfrats auquel appartient Saint-Germain? Ce n'est pas tout, Gloris compte éventuellement insérer la Nouvelle-France dans le décor...

«Il y a des graines de semées un peu partout dans le premier album, commente Bergeron. Thierry a une vision de la série sur une dizaine et même une quinzaine d'albums. Il y a des éléments qui sont déjà placés et qui ne nuisent pas au développement de l'histoire.»

Visiblement, la chimie y est entre les collaborateurs, tous deux au milieu de la trentaine. Et le succès vers lequel semble se diriger Saint-Germain - un exploit dans le difficile marché de la bande dessinée européenne - pourrait leur permettre d'animer longtemps ce personnage qui a mis cinq ans à naître.

«Si je me suis lancé dans une série qui pourra être aussi longue, c'est parce que je sais que Jean-François va me suivre, soutient Gloris. J'ai des collègues qui en auraient assez au bout d'un certain tempsmais, avec lui, on devrait pouvoir pondre un album environ tous les 10 mois.»

CRITIQUE DE L'ALBUM

Le comte Maximilien de Saint-Germain, c'est une sorte de James Bond de la France du XVIIIe siècle. Un gentleman cambrioleur aussi, qui dispose de gadgets bien à lui pour mener ses missions.

Dans ce premier volet de la série, les auteurs installent l'univers de leur personnage sans perdre de temps pour développer l'intrigue : notre héros doit guérir le maréchal de Saxe, victime d'un empoisonnement. Certains y trouveront des parentés avec De cape et de crocs, d'autres avec Les aventures du baron de Münchhausen, mais trêve de comparaisons, Saint-Germain ne manque guère d'originalité, avec son rythme soutenu et ses décors soignés. Les dialogues sont truculents, le dessin est dynamique et les couleurs superbes. À découvrir!

***1/2 JEAN-FRANÇOIS BERGERON ET THIERRY GLORIS. Saint-Germain : 1. Le comte des Lumières, Glénat, 48 p.

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