Dany Laferrière: quand la mort nous remplit les yeux de papillons

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Dany Laferrière: quand la mort nous remplit les yeux de papillons

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La grand-mère de Dany Laferrière est encore bien présente dans ce deuxième livre pour enfants qu'il vient de publier.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

 

Anne-Marie Voisard, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) La scène se passe dans le hall d'entrée du Château Frontenac. Jambe croisée dans une pose décontractée, le svelte Dany Laferrière occupe l'un des divans, absorbé dans la lecture du Nouvel Observateur, précisément un article intitulé «Il faut redonner aux enfants le goût de lire». Ce qui nous plonge dans le vif du sujet.

Le romancier-scénariste-chro­ni­queur-journaliste vient de publier un deuxième livre pour enfants, La fête des morts, aux éditions de la Bagnole. L'article en question traite d'un ouvrage de Danielle Sallenave sur son expérience auprès d'élèves en difficulté (Nous, on n'aime pas lire, Gallimard).

«Ces enfants ne sont pas différents de ceux qui vivent dans des ghettos de luxe», commente l'auteur, pressé de nous ramener à ses personnages de Petit-Gôave dans son Haïti natale.

«Ils sont dans l'espace, ce qui est une grande richesse.» La mer, l'horizon à perte de vue, c'est l'univers où grandit Vieux Os, petit-fils de Da, qui est en réalité la grand-mère de Dany Laferrière. «Elle est à l'origine de toute mon oeuvre.»

Vieux Os, qu'elle a ainsi baptisé avec affection, est celui qu'on a appris à connaître dans L'odeur du café, et ensuite Pays sans chapeau, là où la pauvreté n'empêche pas les mangues mûres de tomber des arbres.

La mort

La fête des morts, qu'illustre Frédéric Normandin, ramène ces images de l'enfance. Les fruits, les oiseaux dans les arbres, un foisonnement de vie devant lequel s'é­mer­veille l'écrivain. «Il est allé à l'essence. Il a le sens poétique.» Et si le thème est la mort, ce n'est pas triste pour autant. Les yeux des défunts se garnissent de papillons. De toute façon, «on meurt quand il n'y a plus personne pour se rappeler ton nom», dit Da.

Mais la peur? «Les enfants adorent avoir peur quand ils sont dans les bras de leur mère», observe l'auteur. À preuve, Le petit chaperon rouge. Difficile de trouver récit plus violent. Le loup mange la grand-mère.

Dany Laferrière ne croit pas qu'on doive esquiver le sujet de la mort, comme on le fait ici au point de parler des «disparus». «La mort, c'est concret.» Les enfants peuvent comprendre. Essayer de la cacher contribue à les laisser dans l'angoisse. Mais s'ils ne comprennent pas tout, ce n'est pas grave. L'imaginaire prend le relais.

«Un des grands problèmes de la littérature jeunesse, à mon avis, c'est qu'on mâche tout.» Dans La fête des morts, dont le titre («presque un oxymoron») décrit bien le ton, l'auteur introduit Baron Samedi, un mystérieux personnage tiré du vaudou. Mais sans expliquer, sinon en cours d'entrevue, que «c'est le concierge du cimetière». «Il y a toujours une tombe vide à l'entrée, c'est celle du Baron Samedi.»

Ce même baron est un «dieu paillard, il danse de manière excessivement sexuelle». Mais pas dans le livre, où il se présente sous les traits d'un cavalier emportant «une femme en robe de mariée sur son cheval noir». La morale, la pédagogie, dont on se croit obligé de parsemer les ouvrages pour enfants, ne sont qu'ennui, selon l'auteur, qui se défend, par ailleurs, de n'écrire que pour les jeunes lecteurs. «Ce livre s'adresse à tous. Il appartient à celui qui le lit.»

Et l'amour

La mort côtoie l'amour. Vieux Os croise Vava. C'est le coup de foudre. Il se liquéfie. Ne reste plus que les yeux... et un papillon jaune. La fête des morts précède, quant aux événements, Je suis fou de Vava, qui a valu à Dany Laferrière le Prix du Gouverneur général.

Tout ça est loin de Je suis un écrivain japonais, pensons-nous, ce roman paru en 2008 qui a une fois de plus confirmé son exceptionnel talent pour les titres frappants. Eh bien, non! Dans les deux cas, dit-il, «c'est la disparition de l'identité, le vieux rêve d'être dépouillé de tout», tel son père, mort dans l'anonymat, seul, à l'étranger. La part d'autobiographie demeure, bien que la fiction s'y entremêle allègrement.

Dany Laferrière aime surprendre, amuser ses lecteurs tout en étant plus sérieux qu'il le laisse voir. Son prochain livre, qui sortira à l'automne, chez Boréal au Québec, Grasset en France, a déjà son titre : L'énigme du retour.

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