Sa rentrée littéraire éclipse celle de tous les autres. Au prétexte que son nouveau roman, L'énigme du retour, a été retenu dans la première sélection des prix Femina et Médicis.
Un nouveau roman? Non, toujours le même. Celui dans lequel il parle beaucoup de lui-même en prenant des libertés avec la
vérité.
C'est l'histoire d'un type qui retourne dans son pays, Haïti, après un long exil à Montréal.
Ce livre est celui d'un écrivain paresseux : à peine 300 pages, dont la plupart sont écrites en haïkus.
Ça se lit facilement. Ce n'est ni long, ni compliqué. Mais c'est vivant et exotique. Un récit où il est question de l'exil, de l'absence du père, du retour au pays, de la mère et de la soeur retrouvées, de la parenté, des amis, des connaissances d'autrefois, de la faim, des humanitaires et des politiciens d'un pays ravagé.
Bref, le récit d'un retour aux sources.
Pas besoin d'explication de texte. On se laisse porter par le récit. Et on en profite pour apprécier la nonchalance de l'auteur et la beauté du paysage.
Disant être entièrement d'accord avec l'idée que ce livre n'a pas besoin d'être expliqué, Dany Laferrière a accepté de répondre au questionnaire de Proust.
Q Le principal trait de votre caractère?
R. Cela dépend du moment : fantaisiste, rêveur ou grave.
Q La qualité que vous désirez chez un homme?
R. La spontanéité.
Q Chez une femme?
R. La fraîcheur.
Q Ce que vous appréciez le plus chez vos amis?
R. Qu'ils ne se croient pas obligés de penser à moi.
Q Votre principal défaut?
R (après une longue réflexion). La liste est longue. Celui que je vois : inapte au malheur.
Q Votre occupation préférée?
R. Rêver.
Q. Votre rêve de bonheur?
R. Ne rien faire, mais sans que cela ne dérange personne.
Q Quel serait votre plus grand malheur?
R (il réfléchit encore longuement). Ne pas pouvoir lire.
Q Que voudriez-vous être?
R. Un homme sans qualité comme il y en a plein dans mon village natal, juste un homme.
Q Le pays ou vous désireriez vivre?
R. Petit-Goâve.
Q La couleur que vous préférez?
R. Jaune.
Q La fleur que vous aimez?
R. Le laurier.
Q L'oiseau que vous préférez?
R. L'oiseau-mouche et le rossignol. L'un a l'air très énervé et l'autre chante.
Q Vos auteurs favoris en prose?
R. Borges, naturellement, Diderot, Tanizaki, Boulgakov, Bukowski, Salinger, Jacques Stéphane Alexis.
Q Vos poètes préférés?
R. Aragon, Davertige, Miron, Garcia Lorca, Apollinaire.
Q Vos héros favoris dans la fiction?
R. Fabrice Del Dongo, Le Prince Genji, Holden Caulfield.
Q Vos héroïnes favorites dans la fiction?
R. Je n'en vois pas. C'est très difficile, il faudrait que j'y réfléchisse.
Q Vos compositeurs préférés?
R. Aucun.
Q Vos peintres favoris?
R. J'aime beaucoup la peinture primitive haïtienne : elle est courageuse, généreuse et présente une réalité transfigurée.
Q Vos héros dans la vie réelle?
R. Toussaint Louverture, Gandhi.
Q Vos héroïnes dans l'histoire?
R. Marie-Jeanne, une sorte de guerrière durant la guerre d'indépendance d'Haïti.
Q Vos noms favoris?
R. Je dirai Alexandra, Sarah et Mélissa. Ce sont les noms de mes trois filles.
Q Ce que vous détestez par-dessus tout?
R. L'égoïsme.
Q Les caractères que vous méprisez le plus?
R. La lâcheté, la trahison, l'abus de confiance.
Q Le fait militaire que vous estimez le plus?
R. Durant la dernière bataille de la guerre d'indépendance d'Haïti, le 18 novembre 1803 à la ville du Cap, Capoix-la-mort a tenu en échec les troupes de Rochambeau.
Q La réforme que vous admirez le plus?
R. C'est la déségrégation des écoles aux États-Unis en 1954. Et l'Édit de Nantes.
Q Le don de la nature que vous voudriez avoir?
R. La sérénité des grands arbres.
Q Comment aimeriez-vous mourir?
R. Est-ce que c'est possible de ne pas mourir?
Q. État présent de votre esprit?
R. Serein.
Q Les fautes qui vous inspirent le plus d'indulgence?
R. Les fautes dues à l'ignorance.
Q Votre devise?
R. C'est une phrase de Montaigne : je ne fais rien sans gaieté.
DANY LAFERRIÈRE. L'énigme du retour, Boréal, 296 pages











