En 2006, le collègue Régis Tremblay dévoilait que M. Pollet avait approché Claude Poirier, professeur à l'Université Laval et directeur du Trésor de la langue française au Québec, afin d'adapter Tintin au français de chez nous. M. Poirier avait alors exprimé ses réserves, jugeant que pareil projet «avait toutes les chances de blesser bien des susceptibilités». L'initiative avait été enterrée, or elle n'était pas morte: Yves Laberge l'a réanimée.
«Je dois dire que M. Pollet était plutôt réticent au départ, raconte M. Laberge. [...] Mais je suis revenu à la charge et l'accueil a été plutôt favorable.»
M. Laberge ne s'était encore jamais frotté à l'univers de la bande dessinée. Ce citoyen de Québec était surtout connu pour sa carrière d'enseignant dans le milieu universitaire, notamment à l'Université Laval, ainsi que pour ses ouvrages scientifiques ou ses articles parus dans des revues telle Cap-aux-Diamants.
Dessins respectés
Pour lui, revoir l'oeuvre d'Hergé devait se faire avec respect. Pas question de toucher aux dessins : c'est uniquement aux textes - et à quelques onomatopées - qu'il s'est attaqué. Pas question non plus d'ajouter des sacres en vue de faire «québécois». Il s'est donc appliqué à mettre dans les bouches des personnages des «quossé», «astheure» et «pis» en choisissant l'album qu'il jugeait le plus approprié pour le faire : Coke en stock. Pour parvenir à ses fins, Yves Laberge n'a pas tenté de trouver une orthographe qui fasse consensus dans le milieu. Il y est allé à sa manière. Les «J'me d'mande quissé qui a dit», «ârejoindr'», «rouvre-boîte» et autres «I z-ont embarqué» se succèdent au fil des pages.
«Le but n'est pas d'imiter la langue que nous parlons puisqu'il y a des variantes très fortes d'une région à l'autre, précise-t-il. L'important, c'est qu'on retrouve un français du Québec que l'on connaît et qui nous est exclusif.»
Avec Colocs en stock, Yves Laberge a, en quelque sorte, voulu faire une synthèse du parler québécois et des expressions propres à la Belle Province. Il s'est également permis d'insérer, çà et là, des références à des lieux ou à des oeuvres, dont la chanson Le tour de l'île de Félix Leclerc.
On le sait, les Québécois sont chatouilleux lorsqu'il est question d'ouvrage portant sur leur culture ou sur la langue. Bien des dictionnaires, oeuvres de fiction et guides de voyage, jugés réducteurs, clichés ou grossiers, ont soulevé les passions au fil des ans. Colocs en stock saura-t-il y échapper? Le public pourra trancher dès aujourd'hui puisque l'album est désormais sur les rayons des libraires.












